Aygül Özkan : première ministre allemande d’origine turque…et première polémique
Le 18-05-2010 dans Actualités, Europe
Aygül Özkan, première femme d’origine turque nommée ministre de Basse-Saxe en Allemagne, est déjà au centre d’une polémique en raison de déclarations sur le crucifix à l’école.
Une entrée pour le moins remarquée. A peine nommée ministre de Basse-Saxe par la majorité conservatrice CDU, une violente polémique s’est emparée d’Aygül Özkan, première allemande d’origine turque placée à un tel niveau de responsabilité politique. En cause : ses déclarations hostiles au crucifix en milieu scolaire. «L’école doit être un lieu neutre où les voiles non plus n’ont rien à faire dans une salle de classe», a-t-elle affirmé.
Une position «novatrice»
Christian Wulff, ministre-président de Basse-Saxe à l’initiative de sa nomination quelques jours plus tôt, a lui-même pris ses distances avec cette sortie en affirmant que «les écoles d’Etat accueillent les symboles chrétiens, en particulier les crucifix, comme un élément de l’éducation tolérante basée sur des valeurs chrétiennes». Réaction aussi de Maria Böhmer, ministre fédérale adjointe chargée des affaires de l’immigration : «les crucifix sont une tradition centenaire en Allemagne et sont l’expression de nos valeurs». Elle a toute fois estimé que la question soulevée par Ayguel Oezkan a le mérite d’être «novatrice», rapporte le Figaro.
Virulence des réactions…
D’autres ont été bien plus virulents à l’égard d’Ayguel Oezkan. Au sein du parti conservateur, plusieurs voix se sont élevées pour demander le retrait de sa nomination. Le bavarois Stefan Müller a déclaré qu’elle devait se demander si elle était vraiment à sa place au sein d’un parti dont les racines sont chrétiennes. Les positions de la jeune ministre sur le crucifix sont pour lui «tellement aberrantes que cela en est effrayant».
…et soutien de l’opposition
Face à ce tollé, d’Ayguel Oezkan a tenté de calmer le jeu en relativisant la portée de son propos et en s’excusant auprès de ses collègues pour l’embarras qu’elle aurait pu provoquer. Seule l’opposition a volé à son secours. Klaus Wowereit, maire SPD de Berlin, a soutenu la jeune femme en affirmant que ses adversaires de la «CDU n’était pas encore mûre pour une ministre aux racines turques».
Le maire berlinois n’a pas été le seul à égratigner la majorité conservatrice, littéralement «châtiée» par une bonne partie de la presse allemande, selon le terme même du journal Der Speigel qui a fait le tour de ses confrères. Le Süddeutsche Zeitung (centre gauche) s’est demandé si les conservateurs étaient prêts pour «une femme si sûre d’elle, qui intervient de manière délibérément provocante dans un débat sensible et très ancien». Le Berliner Zeitung s’est de son côté inquiété de la discrimination que représenterai une éventuelle démission de la jeune ministre face aux pressions de son propre camp. «Si cela arrive, elle pourrait porter cette affaire devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme et plaider la discrimination simplement pour avoir défendu le principe constitutionnel de la neutralité de l’Etat».
Signe d’ouverture
Ayguel Oezkan, avocate d’affaires musulmane d’origine turque et réputée «pratiquante modérée» avait été nommée en avril quelques jours plus tôt. Un geste alors salué comme un signe d’ouverture à l’égard des 15 millions d’immigrés ou fils d’immigrés que compte l’Allemagne.

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