Bâtonnier? oui Madame pourquoi pas vous!
Le 28-09-2010 dans Portraits d'entrepreneurs
Le « Bâtonnier de l’Ordre » est l’avocat élu pour deux ans par l’assemblée générale des avocats inscrits au barreau institué dans le ressort de chaque Tribunal de grande instance, pour assurer la présidence du Conseil de l’Ordre. L’origine du mot « Bâtonnier » vient probablement de ce qu’autrefois cet avocat disposait seul du pouvoir disciplinaire à l’égard de ses confrères. C’était lui qui au Moyen Age était chargé de porter la hampe (barreau) de la bannière de la Confrérie de Saint Nicolas à laquelle appartenaient les avocats.
Il faut bouger, avancer, prendre des risques, mais également regarder et croire en sa bonne étoile.
Et si l’auteure de cette phrase devenait Bâtonnier?
Wimadame a rencontré par hasard ( s’il existe) Christiane Féral Schuhl et nous aurions tous
aimés être avocat pour voter pour elle.
En tout cas, c’est une volonté chez Christiane Féral Schuhl qui s’inscrit dans la parfaite continuité de ses actions précédentes. Une prestation de serment en 1981, et dès 1983, elle intègre la commission ouverte des relations extérieures alors présidée par Philippe Sarfati, un membre du Conseil de l’Ordre des Avocats.
Très vite, elle s’intéresse aux projets informatiques de la profession et en 1994, elle est élue membre du Conseil de l’Ordre, puis, en 1997, est désignée pour animer la commission ouverte des marchés émergents.
Depuis 2000, elle est Présidente de l’Association pour le Développement de l’Informatique Juridique (ADIJ).
L’esprit de cette passionnée regorge d’idées pour le Bâtonnat. Plusieurs d’entre elles, feront office de grands projets si elle est élue.
Selon elle, « la profession d’avocat connaît une grande opportunité qui peut la positionner comme un acteur économique clé et incontournable. La communication électronique sécurisée pour échanger avec les juridictions va devenir obligatoire pour toute la profession ». Si cela s’applique aux échanges entre avocats mais également avec les clients, la sécurisation permettra, selon CFS, de se prévaloir de garanties fortes en termes de secret professionnel et de confidentialité. Elle estime que son expérience
dans le domaine des technologies et particulièrement des grands projets informatiques peut servir très utilement (…) sa profession pour la mise en œuvre effective et réussie de ce grand projet ».
Par ailleurs, elle aimerait concrétiser une idée sur laquelle elle a travaillé avec le Bâtonnier Lafarge : une centrale d’achat pour les avocats.
Certains barreaux étrangers ont déjà opté pour ce système qui permet de pré-négocier à des tarifs préférentiels avec un certain nombre de prestataires. Avec pour premiers bénéficiaires, les clients. Elle y voit aussi le moyen de « créer un intérêt économique d’appartenance au Barreau de Paris ».
Dans sa volonté d’éclairer la dimension humaine des avocats, elle veut initier une « Fondation des Droits Fondamentaux », créer un « Prix Probono de l’avocat ou du Cabinet d’avocats pour l’action qu’il aura menée et surtout, faire connaître la cause qu’il défend ».
Les libertés professionnelles et individuelles doivent, selon elle, reprendre leur place face aux violations graves résultant de l’impact des technologies (visioconférence dans les juridictions, pouvoir considérable des autorités chargées d’enquête dans leur accès aux systèmes d’information des entreprises, atteintes aux secrets professionnels…).
L’expérience de cette avocate lui permet aussi d’imaginer ce que pourraient être les études d’avocate.. En effet, elle souhaite insuffler au cours de cette formation des cours de psychologie, des relations humaines, de la gestion afin que « les avocats disposent des outils pour pouvoir se conduire comme de vrais entrepreneurs ».
Et niveau entrepreneuriat, elle s’y connait.
En fondant son cabinet avec son associé Bruno Grégoire Sainte Marie, elle a traversé des épreuves liées à un statut qui mêle celui d’une femme, d’une avocate, d’une mère, d’une épouse et d’une entrepreneuse. Si selon elle l’entreprise est avant tout une histoire d’équipe elle aime ce que l’entreprise sous-tend : le sentiment de construire dans le temps et dans l’harmonie. Esprit qu’elle souhaite insuffler au Bâtonnat de Paris avec pour fer de lance un mélange entre humanité, générosité et grandes expertises.
En tant que femme, elle reconnaît volontiers que l’égalité de traitement n’est pas encore acquise. Et oui, beaucoup de femmes dans les cabinets d’avocats, mais peu d’entre elles sont associées. Le douteux « plafond de verre » devrait selon elle, rencontrer un adversaire de taille : des femmes prêtes à s’imposer. Elle suggère donc une charte qui « labelliserait » les cabinets y adhérant. « Une manière comme une autre de communiquer sur l’égalité de traitement des hommes et des femmes ». La carrière de Christine Lagarde, hier managing partner monde, aujourd’hui Ministre d’Etat doit servir d’exemple. Non seulement pour les avocates, mais aussi pour toute femme exerçant d’autres professions.
Une conception de l’entreprise au féminin
Adolescente, elle voulait avant tout exercer un métier, être indépendante financièrement et créer son entreprise. Et « la chance l’a porté vers le droit ». Cette passionnée de sculpture, reconnaît que son histoire mêle rencontres exceptionnelles, chance et goût du risque. Le féminisme a libéré la femme dans la société occidentale, mais qu’en est-il dans le travail ? Pourquoi les femmes créent-elles moins que les hommes ?
Selon Christiane Féral Schuhl « créer, fonder un cabinet ou une entreprise, réaliser un projet, c’est toujours un concours de circonstances et beaucoup d’énergie (…). Si les femmes se lancent moins dans des projets de ce type, c’est souvent en raison de la difficulté qu’elles peuvent éprouver à concilier vie de famille et vie professionnelle. Et, encore aujourd’hui, réussir l’une semble contrarier l’autre. C’est dommage ! ».
C’est en tant que mère de famille qu’elle tire ce triste constat. En effet, elle a vécu une période durant laquelle elle fût très culpabilisée au travail comme chez elle, avec « ce sentiment de ne rien faire bien et d’être toujours épuisée ». Ca nous parle…
Elle reconnaît avoir eu la chance d’avoir un mari très présent et un père formidable pour ses enfants. Mais malgré cela, elle a eu le sentiment de « naviguer à vue, souvent dans le brouillard, et en particulier lorsqu’il y avait à gérer les imprévus (la nounou absente, un enfant malade…) ». Ca nous parle encore plus…
Elle n’était pas une maman accompagnatrice des sorties d’écoles. Elle se souvient de ses retards à la fin de la journée d’école, et de ne pas avoir accompagné ses enfants chez le médecin. Elle revoit d’ailleurs le regard de reproche de ses enfants. Mais aujourd’hui, tout va bien. Elle se sent « soulagée » car ses « enfants ne lui en veulent plus ! ».
Le réseau : c’est quoi ?
Si son quotidien c’est partager, rencontrer, discuter et publier des articles de droit, Christiane Feral Schuhl a conscience de l’importance du réseau. Et pourtant, du bout des lèvres, elle avoue « ne pas être une femme de réseau, au sens où ce terme fait les gros titres des journaux ». Sans casquette, elle sait avant tout entretenir son carnet d’adresses, et favoriser les relations.
Avant d’adhérer au réseau Wimadame, elle a fondé avec trois autres cabinets d’avocats « Droits Croisés ». Avec un objectif double : partager les bonnes pratiques du métier d’avocat et organiser pour les clients des manifestations sur des thèmes croisés.
Pour cette pro du droit de l’informatique et des technologies, la vie d’une femme pourrait donc s’apparenter à un calcul assez simple : 30% de chance, 30% de rencontres, et 40% de travail.
Fiche Pratique Christiane Feral Schuhl :
- « Cyberdroit, le droit à l’épreuve de l’internet » – 6ème édition chez Dalloz.
- Bruno Grégoire Sainte Marie : son associé depuis 22 ans
- Son cabinet : Feral Schuhl/Sainte- Marie : www.feral-avocats.com
Verbatim :
- « La rémunération doit d’apprécier en tenant compte de données telles que l’investissement, le temps de travail, la prise de risques »
- « Beaucoup de questions trouveront une réponse européenne »
- « Il faut s’investir dans son travail, savoir donner de son temps et son énergie avec générosité mais aussi choisir un métier avec passion car la vie professionnelle occupe une grande partie de la vie »
- « La vraie réussite, c’est réussir à concilier vie professionnelle et vie privée. Savoir ralentir pour voir grandir ses enfants. C’est un cadeau dont il faut savoir profiter et la vie professionnelle est suffisamment longue pour pouvoir travailler et s’investir à des rythmes différents, selon les contraintes du moment ».
Coup de cœur :
- « Il faut refuser de subir et savoir partir ».
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