Corentine Quiniou, un moral en bitume-armé
Le 08-06-2010 dans Actualités, Portraits d'entrepreneurs
Aujourd’hui âgée de 28 ans, la jeune pilote automobile enchaine les saisons avec une énergie qui ne faiblit pas. Premier volant en Karting à 14 ans, premier Dakar à 23 : Corentine Quiniou s’est rendu (en train) à Bruxelles jeudi 3 juin pour recevoir le Prix «Coup de cœur Wimadame 2010». De retour à Paris, elle répond à nos questions.
Quel est le quotidien d’un pilote automobile?
Etre pilote, lorsqu’on n’a pas encore atteint le stade 100% professionnel, c’est à dire intégrée à plein temps dans une équipe, cela suppose de consacrer 60% de son temps à la recherche de sponsors, à la signature de contrats, aux relations presse, à la gestion de mon site internet, etc. Le pilotage proprement dit correspond à 20% de mon emploi du temps, et les 20% restants correspondent à la préparation physique. Pour cumuler toutes ces activités, j’ai ainsi été obligée de créer une SARL début 2005, donc je m’attèle également à la gestion de ma société…
Avec toutes ces casquettes, comment vous définissez-vous ?
Indépendante ! Je suis certes pilote, mais sans dépendre d’une écurie. Je roule dans plusieurs disciplines, nous sommes très peu dans ce cas. Je cours à la fois en endurance, notamment lors de courses de 24 heures, mais aussi en rallye-raids en afrique, et enfin sur des compétitions de voitures historiques des années 60 et 70. Par conséquent c’est moi qui monte à chaque fois tous les dossiers et choisis les voitures, les écuries…
Pilote automobile : quelles sont les réactions de vos interlocuteurs lorsqu’il apprennent ce que vous faîtes ?
On compte tellement peu de femmes dans les sports mécaniques que les gens sont étonnés de savoir que le sport automobile est mixte. C’est d’ailleurs tellement vrai qu’il n’existe pas de catégories hommes/femmes, les circuits ou rallyes sont ouverts à tous, les femmes y sont très bien accueillies.
Vous vous sentez donc bien intégrée dans ce milieu…
Oui, et d’autant mieux que j’ai commencé à côtoyer ce monde étant enfant, j’étais déjà plutôt garçon manqué ! Je me sens à l’aise dans les milieux sportifs, et particulièrement dans un milieu masculin. C’est un environnement plus terre à terre et moins tortueux, qui me convient parfaitement.
Est-ce malgré tout plus dur pour une femme d’obtenir des financements ?
Globalement cela reste très difficile pour tout le monde. Certains pilotes pensent au contraire qu’en tant que femme, puisque nous sommes peu nombreuses et que nous recevons des retombées plus importantes dans les media, il est plus facile de trouver un sponsor. Ce n’est pas le cas. Parfois, une entreprise accorde même plus difficilement sa confiance pour la première fois à une femme, car certains préjugés sont solidement ancrés. Ensuite, en revanche, si la première course se passe bien, l’entreprise s’aperçoit que c’est un atout et se montre très fidèle dans le temps.
Avez-vous été tentée de faire autre chose ?
Au volant, je n’ai jamais voulu jeter l’éponge. Mais les freins qui auraient pu me contraindre à arrêter sont d’ordres financiers : il faut chaque saison récolter entre 50 et 300 000 euros…et donc savoir être convaincante et déterminée.
Quels sont vos projets aujourd’hui ?
J’en ai 50 à la minute ! Difficile de tout structurer… Je suis obligée de faire des choix, faute de temps et de moyens… L’essentiel est de parvenir à aller au bout de ses projets et de les réaliser.

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