Des jeunes femmes aujourd’hui «sans complexes»
Le 31-05-2010 dans Actualités, Portraits d'entrepreneurs
Elu à la Chambre de Commerce de Paris, Gérard Soularue plaide pour plus de diversités au sein des entreprises et se montre optimiste sur ce point.
Wimadame.com : Entreprendre : est-ce plus dur pour un homme ou une femme ?
Gérard Soularue : Homme ou femme, si l’on veut créer et que l’on a suffisamment de maturité pour cela, alors il faut se lancer. C’est une aventure formidable et il serait dommage de dissuader quelqu’un. L’environnement est difficile, entend-on souvent… ce qui est vrai, mais pour tout le monde : autrement dit ce sont toujours les plus malins qui percent.
A la question de savoir si une femme aura malgré tout plus de difficultés pour entreprendre, je répondrais que vivant dans un monde d’hommes, elles ont peut-être paradoxalement plus de facilités puisqu’elles peuvent apporter une note d’originalité. Pour réussir il faut savoir aller plus vite, faire un peu mieux, différemment des autres. Ce qui nécessite beaucoup d’efforts et de remises en questions. Et dans cet environnement majoritairement composé d’hommes, une femme permettra d’ouvrir la réflexion à des champs plus larges, surtout lorsque l’on se rapproche du consommateur.
W : Pourquoi distinguez-vous ainsi l’activité en amont et en aval d’une filière ?
G.S : En amont, lorsqu’il s’agit par exemple de mener des études de recherches sur un minerai à extraire, il n’y a bien sûr aucune différence entre les sexes. En aval en revanche, et toutes choses égales par ailleurs, une jeune femme a la possibilité d’apporter plus d’originalité. Or c’est précisément ce dont une entreprise a besoin. L’originalité, c’est aujourd’hui un vrai sujet de réflexion qui anime de grands groupes au sein desquels les décisionnaires très haut placés ne ressemblent pas à la population qui achète. Or les études le montrent, le consommateur type est plutôt une femme.
W : Vous vous montrez toutefois optimiste : quelles évolutions percevez-vous ?
G.S : Les années 2000 ont marqué une évolution. On a commencé à s’emparer de la question de la diversité par le biais des femmes, avant d’aller plus loin avec les origines ethniques. L’intégration européenne y est peut être pour quelque chose : beaucoup se sont rendus compte que l’on ne fonctionnait pas seuls mais avec d’autres. Avec l’Euro, les repères évoluent, le cadre de réflexion s’élargit. En matière de recrutement, de nombreux groupes raisonnent désormais à l’échelle européenne, ce qui a balayé les réseaux habituels.
W : Et concernant les femmes, les résultats se font déjà sentir.
G.S : Oui je suis frappé par l’évolution que je crois percevoir depuis l’arrivée des nouvelles technologies. Les jeunes femmes aujourd’hui s’affichent sans complexes, ce qui n’était pas le cas auparavant, et ce qui augure d’une compétition entre hommes et femmes assez sévère. Je vois des jeunes femmes très impressionnantes dans leur démarche et leur assurance. Dans les écoles d’ailleurs, ce sont plutôt les femmes qui ont gagné. Elles y sont déjà plus nombreuses et mieux classées, ce qui va se ressentir dans les années à venir. J’espère que leur maternité les ne freinera pas, mais elles trouvent souvent des solutions en partageant la charge de l’éducation des enfants avec leurs conjoints.
Jusqu’à 22 ou 23 ans, elles sont par ailleurs plus matures, c’est-à-dire qu’elles sont plus à même d’appréhender les sujets et de proposer des voies de progrès avant qu’on ne leur dise ce qu’il faut faire. Ce n’est pas l’intelligence qui est ici en cause, mais la capacité à utiliser ses compétences pour proposer des pistes et des actions. Sans besoin d’être pilotées en permanence, les femmes ont des initiatives au moins aussi importantes sinon meilleures que les garçons. Or aujourd’hui ce décalage de maturité se prolonge dans le temps, il mord à des âges plus élevés et donc influe sur le début de carrière aussi. Les femmes se montrent plus mûres lors des deux ou trois premières années de travail, ce qui les met sur une bonne trajectoire.
W : Plusieurs études montrent un lien entre diversité et efficacité économique. Qu’en pensez-vous ?
G.S : J’en suis absolument persuadé. Le pire est de se retrouver entre personnes qui se connaissent, ce qui est particulièrement le cas dans le domaine public où il est affolant de voir combien les gens se ressemblent au terme d’un même cursus, l’ENA, un endroit où l’on tient l’essentiel des rennes du pays. Nous sommes dans une société qui a tendance à valoriser les gens qui se ressemblent, ce qui limite la diversité des profils et constitue sans doute un handicap.
W : Êtes-vous favorables à la loi sur les quotas au sein des Conseils d’Administration ?
G.S : En tant que membre élu de la CCIP et membre de l’IFA, je regrette qu’on n’y soit contraint mais je remarque qu’il n’y a pas d’évolutions possibles sans contraintes. La diversité des Conseils est dans leur intérêt. Cette diversité à promouvoir ne doit pourtant pas se limiter aux femmes mais s’étendre aux âges aussi. Le Conseil d’Administration doit refléter les actionnaires et la société dans son ensemble. Je pense que les choses évoluent dans le bon sens mais il faut que la loi aide et bouscule les équilibres. Je serais même favorable à ce que la loi prévue pour les Conseils d’Administration soit étendue à d’autres secteurs.

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