Être une femme, un handicap pour entreprendre ? Renaud Redien-Collot répond
Le 28-06-2010 dans Actualités, Portraits d'entrepreneurs
Directeur délégué de l’école Advancia depuis 2008, Renaud Redien-Collot a le parcours éclectique de l’homme qui aime marier science et créativité. Diplômé en sémiotique et en études théâtrales puis en communication à la Sorbonne, puis à Columbia, il achève son parcours universitaire par un doctorat dans cette même Université. «The Construction of the Modern Female Discourse of Authority», le titre de sa thèse, fait de lui un spécialiste du genre et du leadership. Par ailleurs membre de la Chaire ADVANCIA – HEC – ESCP-EAP de recherche en entrepreneuriat, ainsi que du Conseil d’Administration de l’Académie de l’Entrepreneuriat, Renaud Redien-Collot est l’un de ceux qui accompagne le lancement de Wimadame.com. Il répond cette semaine à nos questions : aujourd’hui, les difficultés que les femmes peuvent rencontrer lorsqu’elles veulent se lancer.
Est-ce plus difficile d’entreprendre pour une femme ?
Oui, beaucoup d’études quantitatives et qualitatives le démontrent. Deux facteurs rendent l’entreprenariat des femmes difficile.
Les inhibitions tout d’abord, c’est à dire l’ensemble des construits socioculturels, psychosociologiques ou éducatifs qui conduisent à penser que les femmes réalisent de bonnes performances, mais toujours un peu moins bonnes que celles des garçons. Conséquence : même au terme de bonnes études, elles peuvent ne pas se penser comme des «number one», elles s’imaginent toujours en soutien ou en support. Très concrètement cela se traduit par des «Je n’y croirai pas, je ne saurai pas, je ne pourrai pas… ». Et cela joue à tous les niveaux.
Second facteur de difficulté pour les femmes : elles sont confrontées à des barrières objectives qui se traduisent par le niveau de confiance que les autres leurs accordent ou pas. Des tests ont été menés sur le sujet. Hommes et femmes ont été mis en situation de rechercher des fonds, de rassembler une nouvelle équipe, de promouvoir de nouvelles idées… Les performances sont équivalentes. Toutefois, pour toutes ces activités, on fera encore aujourd’hui toujours plus confiance à un homme qu’à une femme. Un handicap qui s’aggrave encore si cette dernière est issue d’une minorité. Lancer de nouveaux projets, devenir chef d’entreprise, développer un réseau…les femmes souffrent d’un déficit de confiance de leurs interlocuteurs, hommes ou femmes, jeunes ou vieux. Il y a ici un énorme travail à faire. L’astuce pour les femmes serait de passer outre en dépit de ce manque de confiance : elles sont 2 sur 10 à avoir ce culot sur un échantillon 20-35 ans, lors d’une étude conduite en 2008.
Observez-vous une évolution malgré tout ?
Une évolution ? Cela supposera moins une approche juridique que de vraies négociations et discussions entre hommes et femmes. Ce qui est en jeu ici, c’est la capacité pour un homme d’accepter que sa femme soit chef d’entreprise et qu’il devra lui-même s’occuper davantage de l’éducation de ses enfants, des taches domestiques et de la vie sociale de la famille (diners ou soutien aux grand-mères, cousins et amis, entre autres) pendant un certain temps. Cela commence très tôt, dès la création d’un jeune couple avec sa capacité à penser un juste partage des tâches et des responsabilités ou à les alterner régulièrement, tant sur le plan public que privé.
Comment y parvenir si l’on exclut toute contrainte juridique ?
C’est un travail culturel menant à ce que chacun soit à l’aise avec ses différences, tout en étant à l’aise dans ses égalités. C’est très compliqué, assez sophistiqué, cela met en jeu de nombreuses représentations dans ce que nous imaginons être l’autre et ce que nous en attendons. Du coté couple, évitez les scenarii si vous voulez éviter les déceptions ; en revanche, faites le point régulièrement et courageusement sur le ton de l’humour si nécessaire. Du coté parental, il faut formuler un objectif éducatif clair qui définisse ce qu’est l’égalité entre filles et garçons, à quels moments, pourquoi il peut y avoir rupture temporaire d’égalité et quelles solutions pour retrouver l’égalité. L’amour-propre, le respect de soi et la capacité d’être garant de ces valeurs pour soi et pour l’autre sont aussi des vecteurs d’égalité. En préparant le terrain de cette façon-là, les changements de rôles, de projets et d’ambition dans le couple et dans le groupe sont certainement mieux vécus.

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