Génocide de genre
Le 19-04-2010 dans Vie au quotidien
En Chine, les filles ne sont toujours pas les bienvenues à la naissance.
Le nombre d’avortements sélectifs aggrave considérablement le déséquilibre démographique.«Je donnerais toutes mes filles pour retrouver mon fils». Hong Kong, 1972 : une mère pleure la disparition de son seul fils, certainement kidnappé. Le quotidien South China Morning Post rapporte alors cette réaction de désespoir, souvent entendue en pareille situation, et qui fait écho à ce vieux dicton chinois : «mieux vaut un fils handicapé que huit filles en bonne santé». Cette anecdote est racontée par Marina Thorborg, auteure d’un article consacré à l’écart de natalité entre hommes et femmes dans certains pays asiatiques.
Aujourd’hui en Chine, 120 garçons naissent pour 100 filles, alors que les chiffres faisaient état de 108 garçons pour 100 filles en 1982. «Les avortements sélectifs restent extrêmement communs, en particulier dans les régions rurales» explique un ouvrage compilé par l’Académie des sciences sociales (CASS), cité par le Global Times. Les examens prénataux permettent aujourd’hui l’identification du sexe de l’enfant à naître, même si le personnel médical n’a théoriquement pas le droit de le dévoiler aux futurs parents.
24 millions d’hommes chinois sans compagnes en 2020
Les chercheurs font leurs calculs et s’alarment : plus de 24 millions d’hommes chinois pourraient rester sans compagnes en 2020. Premiers affectés : les hommes aux plus faibles revenus. La difficulté à trouver des épouses dans certaines régions conduit déjà à des enlèvements de femmes, ainsi qu’à des mariages forcés ou diverses «violences sexuelles» selon le journal The Economist qui titre, début mars, sur ce sujet : «Gendercide, the war on babygirls»… Un génocide de genre. L’hebdomadaire dit assumer le terme : «Des femmes manquent par million, avortées, tuées, abandonnées à la mort».
Moins d’enfants…mais des garçons
Pointée du doigt, la politique de la natalité en Chine est de plus en plus contestée. La loi de l’enfant unique, instaurée en 1979, aurait permis d’éviter 400 millions de naissances, portant le taux moyen de fécondité de 5,7 enfants à près de deux selon les statistiques officielles.
Mais le vieillissement de la population inquiète, et cette législation essuie une vague de contestation de plus en plus sérieuse, jusqu’au plus haut niveau de l’état.
Marina Thorborg réfute pourtant l’idée selon laquelle le contrôle rigide de la démographie est la cause principale de ces déséquilibres hommes-femmes. Elle met en avant «un ensemble de facteurs économiques et culturels : l’absence d’une prise en charge par l’Etat de l’aide aux personnes âgées, et une culture dans laquelle la responsabilité de cette tâche incombe aux fils». La discrimination des filles, une affaire d’argent : sans système de retraite et sans protection sociale, les parents comptent sur leurs fils pour leur venir en aide, alors que la fille, une fois mariée, les quitte pour la belle-famille.
Incriminer les rigidités de la politique de la natalité semble d’autant moins pertinent que depuis de nombreuses années, des assouplissements existent en faveur des minorités ethniques ainsi que dans les campagnes. De nombreux couples sont autorisés à avoir deux enfants si le premier né est une fille. Problème : les familles aujourd’hui ne souhaitent plus s’agrandir au-delà d’un ou deux enfants. La préférence masculine, ancestrale, ajoutée à la volonté moderne de fonder une petite famille, surtout parmi les couches aisées de la population, est donc un cocktail fatal pour des millions de filles asiatiques. Dans la région, un pays fait toutefois figure de bon élève : la Corée du Sud. Campagne de sensibilisation, interdiction des avortements sélectifs…des mesures qui, selon les statistiques, ont porté leurs fruits et réduit l’écart de natalité.
http://perspectiveschinoises.revues.org/document700.html
http://www.economist.com/opinion/displaystory.cfm?story_id=15606229
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