Jeannette Bougrab au cœur de la lutte anti-discrimination

Le 26-04-2010 dans Portraits d'entrepreneurs

A 36 ans, la juriste Jeannette Bougrab prend la tête de la HALDE, la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité.

Quelle présidence pour la Halde ? Provoquant une polémique, le sénateur UMP Gérard Longuet avait exprimé le souhait de voir siéger un candidat issu du «corps français traditionnel» pour souligner l’idée que la lutte anti-discrimination est l’affaire de tous. Ce sera finalement Jeannette Bougrab, juriste aujourd’hui âgée de 36 ans.

Jeannette Bougrab Jeannette Bougrab au cœur de la lutte anti discriminationEn terminale C, son professeur principal la voyait infirmière plutôt que médecin. Et pour sa mère, «le comble de la réussite aurait été que je reprenne la pharmacie de la rue de Paris, à Déol (Indre), que je me marie et que j’ai deux enfants. J’en suis loin», affirme-t-elle au journaliste du Journal du Dimanche,  à qui elle retrace son parcours. Naissance à Châteauroux, études à Orléans puis à Paris : Jeanette Bougrab gravit un à un tous les échelons universitaires pour décrocher un doctorat en droit, au terme d’une thèse sur les institutions de la IVe Répulique. Un passeport pour le prestigieux Conseil d’Etat, intégré en 2007. Elle avait auparavant franchi les portes du Conseil Constitutionnel en tant que juriste, et comptait depuis 2002 parmi les membres du HCI, le Haut Conseil à l’Intégration. Jeanette Bougrab a par ailleurs exercé au sein de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de la Sorbonne comme maître de conférences.

«Héritière d’un certain gaullisme social», cette spécialiste de la lutte anti-discrimination avait mis son talent au service de l’UMP. Son ami gaulliste Pierre Mazeaud, président du Conseil Constitutionnel, la présente à Alain Juppé qui lui confie des responsabilités au sein du parti. En 2007, elle brigue un mandat de député au sein de la difficile 18e circonscription de Paris. Un bastion de gauche, où réside une forte population d’origine immigrée qui ne ménage pas toujours cette fille d’ouvrier Harki. Elle affronte une campagne «difficile voire violente», ses adversaires appellent à ne pas voter pour la «fille d’un traître». Une épreuve qui l’éloigne un temps de la politique, mais pas de l’esprit de Claude Guéant ni de Nicolas Sarkozy. Le président lui remet en 2008 l’ordre du Mérite à l’Elysée. Une occasion pour elle de rendre hommage à ses proches, son père surtout, et de réaffirmer l’attachement de sa famille à la France : «j’ai rompu le protocole, j’ai demandé à mon père et à mon frère de venir à côté de moi. Ce sont eux qui méritent les honneurs. Mon père s’est battu pour la France, mon petit frère est intervenu au Kosovo».

Auteur d’une étude sur «l’égalité dans l’accès à l’emploi», Jeannette Bougrab a aussi été nommée le 10 janvier présidente du conseil d’administration de l’Agence pour la Cohésion sociale et l’Egalité (Acse), dont la mission est de renforcer l’action de l’Etat en faveur des 2 213 quartiers de la politique de la ville. A la Halde, elle entend faire de la lutte contre les discriminations une priorité mais, en femme «profondément laïque», elle se dit hostile aux quotas ethniques et à la discrimination positive. Devant l’Assemblée Nationale, début avril, elle promet ainsi que l’institution dont elle a désormais la charge ne sera pas «un outil de revanche d’une minorité contre la majorité» ou «une caisse de résonance des communautarismes».

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