L’Europe et l’euro «à la croisée des chemins»

Le 20-05-2010 dans Actualités, Dernière minute, Europe

Contrôle des budgets nationaux, «passeport» européen pour encadrer certaines activités spéculatives… Face à la crise de l’euro, les initiatives se multiplient. Avec en toile de fond une question : l’euro peut-il fonctionner sans politique monétaire et budgétaire commune ?


Une monnaie, 16 budgets. Ces dernières semaines, les critiques se sont concentrées sur le manque de politique monétaire commune au sein de l’Eurogroupe, à l’heure où l’euro subit les assauts des marchés. Ces derniers doutent de la capacité de plusieurs Etats membres de rembourser leurs dettes. A 1,22 dollar, la monnaie unique enregistrait ces derniers jours l’un de ses plus bas niveaux depuis quatre ans, entrainant les bourses dans une nouvelle chute.

Pour un véritable ministère des Finances européen


Peut-on construire une Europe économique en négligeant le volet politique ? Pour l’économiste Jacques Attali, l’alternative est limpide. Soit les Etats se montrent incapables d’agir et acceptent par exemple d’enclencher un «engrenage fédéral» nécessaire à une meilleure harmonisation politique, soit l’euro pourrait disparaître dans les dix ans à venir. «Il faut sauver l’Europe, ajoute-t-il hier sur France 3, comme au début des années 80»: il appelle à la création d’un véritable ministère des Finances européen.

Pas d’union monétaire sans coordination budgétaire : c’est aussi la mise en garde de Michel Aglietta dans les colonnes du Monde daté de mardi. Professeur de sciences économiques à Paris-X (Nanterre-La Défense), il appelle dans cette optique à un mécanisme de transfert des budgets au moyen, par exemple, d’un Fonds Européen pour «multilatéraliser les solidarités».

Réduire les déficits…


En attendant, cette situation sans précédent a forcé les européens à réagir. Après plusieurs mois de silence remarqué, la commission a tenté de reprendre la main mercredi 12 mai par la voie de son président, Jose Manuel Barroso. Dans le but de limiter les déficits, il propose que Bruxelles contrôle les budgets des pays avant qu’ils ne soient votés, et non après comme c’est le cas actuellement. Une initiative froidement accueilli dans les capitales européennes.

Plus consensuel en revanche, le revirement de la Banque Centrale Européenne (BCE) qui consent pour la première fois au rachat de dettes contractées par des Etats aujourd’hui en difficulté. Ce qui, en terme technique, correspond au rachat de titres publics sur le marché secondaire.

euro 1 L’Europe et l’euro «à la croisée des chemins»

… et limiter la spéculation


Les Etats se sont par ailleurs accordés sur la nécessité d’encadrer certaines activités des hedges founds, les fonds spéculatifs, à l’occasion de l’adoption de la directive AIFM («Alternative Investment Fund Managers») adoptée le 18 mai par les ministres européens des Finances.

Le texte prévoit la mise en place d’une sorte de «passeport» obligatoire pour que les Fonds spéculatifs puissent exercer en Europe. Accordé sous certaines conditions, il s’accompagne de mesure limitant les effets de levier et encadrant les rémunérations. La Grande-Bretagne, qui abrite l’une des toutes premières places financières mondiale, a finalement consenti à ces mesures.

L’offensive Merkel


Mais surtout, coup de tonnerre hier : la Chancelière Allemande Angela Merkel a annoncé sa volonté d’interdire les ventes à découvert sur les grandes valeurs financières du pays et sur les CDS des obligations d’Etat (sorte de contrats d’assurance liés aux dettes d’Etat). En clair, il s’agit d’interdire la possibilité de vendre un titre que l’on n’a pas encore, et ainsi de limiter certaines formes de spéculations.

Angela Merkel a fait le pari de ne pas rester seule dans ce combat. Pari risqué : si la commission européenne a affiché son soutien, cette sortie a pris de court ses partenaires européens et plongé les marchés dans une nouvelle baisse hier soir.

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