CA:moins de 10% de femmes. «Une erreur collective grave» selon Daniel Lebègue

Le 18-05-2010 dans Actualités, Portraits d'entrepreneurs, Vie au quotidien

A peine moins de 10% de femmes au sein des Conseils d’administration : Le président de l’Institut Français des Administrateurs (IFA) Daniel Lebègue réagit à ce constat et avance des solutions qu’il estime à « portée de main ».


Wimadame.com : Les femmes ne se bousculent pas au sein des Conseils d’administration. Quelles en sont les raisons ?

Daniel Lebègue : Notre pays compte 60 millions d’habitants, pour la plupart très éduqués, dont 50% de femmes : ne pas utiliser tout ce potentiel de talents et de compétences serait une erreur collective grave. Or c’est ce qui se passe. C’est comme si la France tournait à 50% de ses capacités de production. En termes d’efficacité collective, de compétitivité, on est donc assez loin de l’optimum. La situation faite aux femmes me semble anormale et injuste en tant que citoyen. En tant que Président de l’association professionnelle des administrateurs, je m’emploie à promouvoir la mixité dans les Conseils d’administration. J’ai en effet la conviction que davantage de diversité – c’est à dire de compétences, d’expériences et de personnalités – améliorera la gouvernance des entreprises, mais aussi le fonctionnement et le travail des Conseils.

W : Que pensez-vous alors de l’idée des quotas ?

D.L : Il y a cinq ans, nous avions proposé un objectif de 20% de femmes dans les Conseils d’administration, tout en précisant que nous n’étions pas favorables aux quotas. Or le bilan effectué fin 2009 a montré que rien n’avait bougé : on reste à moins de 10% de femmes. Ce constat nous a donc amenés à revoir notre position, à l’image d’autres pays qui ont tenté avec succès l’expérience des quotas. Aujourd’hui, nous y sommes favorables. L’objectif retenu par la proposition de loi Copé-Zimmerman est de 40% de femmes dans les Conseils d’administration des entreprises cotées et publiques d’ici 2016.

 

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Daniel Lebègue

 

W : Un objectif réalisable à horizon 2016?

D.L : C’est tout à fait à portée de main. Les associations d’anciens élèves de grandes écoles comptent parmi leurs membres une proportion de femmes très supérieure à ce qu’elles représentent au sein des Conseils. Or dans les sociétés du CAC 40, il s’agit de trouver environ 170 femmes en 6 ans, c’est à dire 30 par an. Pour l’ensemble des sociétés cotées et des entreprises publiques, cela représente 1200 à 1300 postes à pourvoir, soit 200 par an.

Certains affirment qu’il est déjà difficile de trouver des femmes compétentes. C’est ridicule. A l’IFA par exemple, nous comptons 2 500 membres, dont 20% de femmes. 200 d’entre elles ont déjà au moins un mandat d’administrateur, 300 autres sont en formation. En clair, dans notre seule association, il existe déjà un vivier d’administrateurs ou de personnes en passe de le devenir. Alors si on élargit…On ne peut pas laisser penser qu’on manque de femmes pour exercer cette activité.

W : Vous expliquez que le recrutement des femmes passe aussi par les comités exécutifs des entreprises.

D.L : Considérons en effet cet autre «vivier» : les équipes dirigeantes comptent plusieurs centaines de femmes, réparties dans les comités exécutifs des entreprises, publiques ou privées. Or il y aura de moins en moins de directeurs généraux dans les Conseils d’administration en raison de la disponibilité que requiert la fonction d’administrateur. Les dirigeants ne pourront pas consacrer des journées entières à d’autres sociétés que la leur, il faut donc recruter davantage au sein des comités exécutifs. C’est aussi une manière de créer un appel d’air permettant d’ouvrir un univers fermé sur lui-même. Une enquête récente de Ernst and Young a révélé qu’en France, 98 personnes détiennent 43% des mandats d’administrateurs dans les sociétés du CAC 40. Une situation qui n’existe nulle part ailleurs. Comment des directeurs généraux peuvent-ils consacrer tous les mois plusieurs jours à des Conseils d’Administration d’autres entreprises ? Cela pouvait se concevoir il y a 20 ou 30 ans, lorsque ces Conseils se réunissaient autour d’un déjeuner trois ou quatre fois par an. Mais la situation a évolué. Désormais, les Conseils d’administration se réunissent à sept ou huit reprises au terme d’un long travail de préparation au sein des comités d’audit, de rémunération, stratégique, des nominations… Chaque administrateur est membre d’au moins un comité, il doit donc être disponible. Le dossier moyen d’un comité d’audit est par exemple de l’ordre de 300 pages! Aujourd’hui, il faut travailler et s’investir dans les Conseils.

W : Qu’est ce qu’une femme pourrait apporter à un Conseil d’administration ?

D.L : Il faut réunir des profils différents d’administrateurs. Je suis convaincu que c’est un plus pour la qualité de la gouvernance et la performance de l’entreprise. La mixité est sans doute la dimension la plus importante de la diversité, mais elle n’est pas la seule. Il est important de compter parmi les administrateurs des étrangers, porteurs d’autres cultures et d’autres regards sur l’entreprise, des salariés, des scientifiques…

Mais attention à ne pas limiter la définition de la diversité à des catégories trop rigides liées au genre par exemple. Le terme recouvre des dimensions différentes : diversité de compétences, de personnalités, d’expériences, de professions… De ce point de vue les femmes, peuvent apporter une vision, une expérience, une manière d’être différente. La vague qui va accroître la place des femmes dans le management, dans les Conseils d’administration et ailleurs est en passe de se déclencher, c’est ma conviction. Il faut donc accompagner ce mouvement et je crois que le wimadame.com est un projet lancé au bon moment.

W : Les femmes ont-elles des qualités particulières pour être entrepreneur ou administrateur ?

D.L : Nous avons tous un potentiel d’initiative, de créativité, de rayonnement, ce qui me rend toujours dubitatif et même mal à l’aise face à cette question. Je ne suis pas sûr qu’hommes et femmes ont des qualités intrinsèques qui leur soient propres. Les femmes ont peut-être une capacité d’empathie plus grande que les hommes. Elles travaillent plus volontiers de manière collégiale, ce qui est fondamental pour un Conseil d’administration, lieu de débat et de décision collective. Les femmes prennent davantage en compte la dimension humaine, essentielle dans toute stratégie d’entreprise. La propension à l’exaltation de l’égo, au culte du chef, est aussi moins forte chez elles.

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