On m’a dit que c’était la rentrée… Anne Bénédicte Damon vous raconte
Le 02-09-2010 dans Actualités
ah bon ? Vraiment ? Chic alors ! Les rayons de fournitures scolaires des hypermarchés, qui sont pleins depuis au moins deux mois, vont donc laisser la place aux chocolats de Noël…
Pour moi, ça ne va pas changer grand-chose. Certes, au lieu de tapoter frénétiquement sur mon Blackberry du fond de mon transat, je vais pouvoir répondre à mes mails confortablement installée dans ma chaise de bureau. Le volume risque bien sûr d’augmenter légèrement. Disons qu’au lieu de recevoir une cinquantaine de mails par jour, je vais passer à une centaine …sans oublier les Bbms, bien sûr, mais ça, c’est plus rapide …Et maintenant que Miss Teen m’a montré comment faire les Smileys, je vais épater tout le monde !
Les quelques jours au bord de la mer m’ont été bénéfiques : j’ai réussi à boucler le dossier X…et le dossier Y…et le dossier Z…
A propos de Miss Teen, d’ailleurs, une séance shopping se prépare – plusieurs, devrais-je dire. La première avec les copines, et son argent de poche. La deuxième, avec Maman adorée, qui refuse de prêter son Amex depuis qu’elle a été utilisée pour payer « le p’tit top trop la classe » qui coûtait la bagatelle de 210 euros…
Car la rentrée avec les ados, ce n’est plus la trousse Mickey, le cartable Pokémon, les cahiers et les quatre protèges cahiers. Dès son plus jeune âge, on demande à l’enfant de faire preuve de sérieux, de « bien travailler à l’école » et surtout de « rentrer dans le moule ». Quel parent n’a pas été confronté à la liste de rentrée demandant que son petit chéri, rentré en CM1, ait dès le lendemain en sa possession deux cahiers grand format grands carreaux, un protège cahier bleu, un protège cahier rouge, une règle graduée de 30 cm – souple, sinon c’est trop dangereux – un compas – serait-ce moins dangereux ? – 12 crayons de couleur, un crayon 2H, un crayon 2B…je vous épargne la suite, si vous lisez ces lignes, vous avez probablement déjà subi l’épreuve de la queue dans la librairie surchauffée, entourée de gamins hurleurs et mal élevés – ceux des autres, bien sûr, pas le vôtre – hurlant « Ma-man ! Je veux la trousse Titeuf ! »…
Le besoin de conformité commence dès l’entrée à la maternelle ; si votre fille n’a pas le cartable Charlotte aux fraises ou le cahier de texte Totally Spies, elle risque de se retrouver au ban de sa classe…donc de la société. Pire encore, vous allez passer pour un parent indigne ! Et votre enfant, lui, va se retrouver pris entre deux feux : d’un côté, il doit à tout prix ne pas décevoir son parent, et de l’autre, il doit acquérir un statut qui montrera à la société qu’il a été bien élevé !
Maintenant que mon ado – est une ado, justement, il n’y a plus que moi qui cède aux offres promotionnelles de 15 stylos pour le prix de 14,5 …Miss Teen a d’autres exigences. Pas question de transporter ses classeurs dans le sac Gérard Darel de l’an dernier …
L’éducation de l’enfant, comme l’explique l’historien Philippe Ariès, est le produit d’une société. En France, on apprend à son enfant à se conformer aux normes de la société, et à s’adapter. La socialisation de l’enfant passe par l’obéissance à des règles sociales, que l’enfant doit intégrer. De plus, l’avenir de l’enfant est déterminé par sa réussite scolaire, qui elle-même garanti une réussite sociale. Les parents font leur maximum pour procurer à leur enfant cette réussite scolaire, qui les mènera vers des filières d’excellence à la française.
En matière de système éducatif, la France est souvent citée en exemple. Les Français ont « la culture de l’excellence ». Et cependant, dans les enquêtes internationales sur l’éducation, nous obtenons de piètres résultats. Ainsi, dans l’enquête PISA 2006, par exemple, à laquelle ont participé plus de 400 000 élèves de 15 ans représentant 57 pays, dont les trente pays de l’OCDE. http://www.oecd.org/home
En ce qui concerne les performances en sciences, nous nous situons loin derrière des pays comme la Finlande, le Canada, le Japon, et même l’Estonie…
Et pourtant, tout le monde sait qu'on ne va pas à l'école - au collège, au lycée, à l’université, au bureau …pour apprendre ou pour travailler. On y va pour LES COPAINS ET LES COPINES. D’ailleurs, si votre ado daigne répondre à votre question semi-angoissée : « Alors, comment ça s’est passé ? Tu as de bons profs ? », il y a toutes les chances que la réponse ressemble soit à « Trop cool, j’suis dans la classe de Charlotte, et Nathalie, et Marie-Amélie, même si y a le mec trop relou de l’an dernier… », soit à « C’est la cata, Charlotte elle est même pas dans ma classe, Nathalie elle est dans le demi-groupe du jeudi et Julien, tu sais, Julien, le trop beau, il fait allemand (traduire : pas dans ma classe) ». Sinon, vous pouvez aussi obtenir un bof, un haussement d’épaules et un silence catatonique qu’il vous reste à interpréter …
Si vous souhaitez connaitre mieux Anne Bénédicte, rendez vous sur son blog http://www.cultureetcompetence.com
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