Tribune d'expression Tribune newsletter

Tribune du 13 janvier 2026 : la parole à Gregory Herpe, photographe, auteur et metteur en scène

À vous fidèles lecteurs,

Première tribune 2026, que cette nouvelle année vous apporte la lumière pour une vie rayonnante en famille.

Ma rencontre avec Gregory Herpe a été brève, mais intense. Quelques mots échangés… Karine Ohana, réunissait ce matin-là quelques personnalités dans ses bureaux au sein de Ohana&Co !

Photographe, auteur et metteur en scène, je découvrais que Gregory Herpe ne photographie pas, il révèle. Son regard glisse sur le monde comme une plume sur la peau du temps.

Chaque image raconte une émotion, un secret, une respiration, il aime le noir et blanc ! Cherche t’il la perfection ou la vérité du moment ? Loin du bruit et de la mise en scène, il préfère la sincérité des visages. Son talent s’exprime partout…

Un peu surprise, derrière l’artiste se cache beaucoup d’autres métiers et à travers sa prise de parole, son rôle préféré ? un père attentif, ancré dans la vie réelle. Pour des raisons personnelles, il a choisi d’être là, pleinement présent. De cette proximité avec ses enfants naît une autre forme de lumière.

Chez Gregory Herpe, la photographie devient un art de vivre. J’ai retenu aussi avec beaucoup d’émotion son engagement avec « Toutes à l’école ».

Wimadame sensible à ce très beau sujet. « Toutes à l’école » c’est plus qu’un slogan, c’est un acte de justice. C’est offrir à chaque fille la chance de penser, de choisir, de rêver. C’est croire que l’éducation est la première marche vers la liberté.

Là où certaines portent des livres, d’autres portent encore des fardeaux. Mais chaque classe ouverte est une victoire silencieuse. Apprendre, c’est oser exister, s’inventer un avenir, refuser la fatalité. L’école devient alors un refuge, une arme douce contre l’ignorance. C’est là que naissent les voix qui demain changeront le monde.

« Toutes à l’école », c’est un appel, une promesse, une évidence. Car éduquer une fille, c’est éclairer une génération entière. Battons-nous pour défendre ces petites filles parfois marquées par un destin tragique !

Bien cher Gregory bravo la parole est à vous.

Martine Abbou


La parole à Gregory Herpe

Merci de vous présenter

Je m’appelle Gregory Herpe, photographe documentaire et artiste engagé. À travers mes reportages humanitaires, mes portraits et mes travaux au long cours, je cherche à révéler des réalités souvent invisibles, en donnant une voix à celles et ceux qu’on n’entend pas. La plupart du temps, les enfants, mais aussi les femmes et les laissés pour compte.

Racontez-nous votre passion

Je suis passionné par l’humain. Chaque visage raconte une histoire, chaque regard porte une vérité. La photographie est pour moi un acte de rencontre, un dialogue silencieux qui permet de capter la dignité, la fragilité, la force, ou la poésie d’un instant. Le noir et blanc, que j’utilise à 90% me permet de capter cette vérité d’une façon plus authentique, parfois même très crue, mais je vis pour ça. C’est cette quête du vrai et du sensible qui me guide depuis toujours.
Je dis souvent que la photo est pour moi bien plus qu’une passion, d’ailleurs…c’est mon souffle.

Votre principale qualité

L’empathie. Elle m’aide à instaurer la confiance, à comprendre les autres, et à photographier sans voler, mais en partageant.

Votre rêve le plus fou

Créer un vaste projet itinérant de photographie et de transmission, qui voyagerait à travers plusieurs continents pour offrir aux enfants défavorisés une initiation à l’image, à la créativité et à l’expression personnelle — un passeport symbolique vers l’avenir. J’ai déjà commencé avec les orphelins de guerre ukrainiens réfugiés en Moldavie, les enfants des rues en Roumanie, les gitans déscolarisés dans le sud de la France, les gamins abandonnés par tous au Liban, etc. 2026 sera l’année de ce beau projet.

Votre coup de cœur

L’association Toutes à l’école, fondée et dirigée par la journaliste Tina Kieffer, qui scolarise de petites filles défavorisées au Cambodge. Elle a tout quitté pour offrir une seconde chance à ces enfants, ce qui force le respect.
Je viens d’ailleurs de publier un livre de mes photos réalisées là-bas à la demande de Tina, montrant le travail admirable de l’ONG et la résilience des jeunes filles bénéficiant de ce programme, ainsi que mon enquête dans les villages et jusque Phnom Penh afin de comprendre pourquoi les réseaux pédocriminels sont si importants dans cette région. J’offre 50 % de mes droits d’auteur + 1 € par livre vendu à Toutes à l’école, pour apporter ma pierre à cette noble cause.
C’est le reportage le plus émouvant de ma carrière.

En savoir plus sur LES ENFANTS DU CAMBODGE

Votre coup de gueule

Le dernier ? Les “poupées” pédophiles commercialisées par Shein. Une véritable honte, une ignominie ! Et que le BHV accueille cette enseigne entre ses mûrs est proprement scandaleux.

Quel a été votre plus grand défi ?

Il y en a eu plusieurs. Photographier les lions et les gorilles dans différents pays africains était fascinant mais dangereux. Il y a eu aussi mon reportage au sein de l’I.R.A. à Belfast. Il a fallu gagner leur confiance, ce qui n’est pas si simple. Mais vous savez, pour un photographe, le plus grand défi est peut-être de grandir, de durer, de rester fidèle à ses convictions et d’accepter que ce métier est aléatoire. Rester fidèle à soi-même, oui. Par exemple, la presse d’aujourd’hui ne veut plus de photos en noir et blanc. Mais c’est comme ça que je regarde le monde et que je le transmets ! Alors, j’ai sans doute raté des dizaines d’opportunités de vendre mon travail, mais je ne me suis pas trahi ; et à mes yeux c’est capital. Si je suis capable de trahir ce que je ressens, comment pourrais-je être honnête avec le public ?
C’était à la fois un défi humain, artistique, et émotionnel.

En savoir plus sur le travail de Gregory Herpe

Comment avez-vous trouvé vos premiers clients ?

En exposant mon travail. Et puis, je me suis immédiatement tourné vers l’international car en France, un photographe français, ce n’est pas très original. A l’étranger, je suis exotique et j’éveille plus de curiosité. J’ai donc accepté des expos à l’étranger, même petites ou de groupe, pour trouver un autre public. Je continue de le faire, et ça fonctionne. Il est plus simple de revenir en France avec quelques victoires hors frontières que de tenter de jouer des coudes dans la cohue de son propre pays. La persévérance a aussi ouvert les portes.

Vos trois mots préférés

Humanité — Sensibilité — Regard.

Qu’aimeriez-vous transmettre dans votre vie ?

L’idée que chacun peut laisser une trace positive, même minuscule. Que l’art peut réparer, éveiller, unir. Et que la solidarité n’est jamais un geste perdu.

Quelles questions auriez-vous aimé que je vous pose ?

Peut-être : Qu’est-ce qu’une photographie réussie, selon vous ?
Pour moi, c’est une image qui offre au public une perspective, une émotion, et un message.
Et les questions que je déteste que l’on me pose sont toutes celles liées à la technique : quelle ouverture avez-vous utilisez sur cette photo, que pensez-vous du boîtier Trucmuche de chez Machin-chose, etc… etc. Ça m’ennuie prodigieusement parce que l’essentiel (et je dis bien l’essentiel) n’est ni dans le matériel, ni dans votre capacité à connaître le manuel d’utilisation par cœur. L’essentiel est dans votre regard sur les choses. Comment les regardez-vous, avec quelle émotion, quelle perspective. Moi, je crois qu’on prend les meilleures photos avec son cœur et son âme, et non parce qu’un prof de photo vous a dit qu’il fallait suivre la règle des trois tiers.

Un mot pour wimadame ?

Merci pour cette tribune qui met en lumière celles et ceux qui agissent, créent, entreprennent et inspirent. Continuez d’ouvrir des espaces d’expression — ils sont précieux.
Nous pouvons tous, à notre niveau, apporter notre pierre pour améliorer ce monde qui en a bien besoin.


Abonnez vous  gratuitement, simple rapide vous recevrez chaque mois dans votre boîte mail, l’actualité de wimadame.