Mes rêves... la vie en Rose

Matrimoine : une nécessaire reconnaissance de l’importance des femmes artistes et une reconnaissance de la nécessité de la représentation des femmes dans les œuvres publiques

Ecrit par wimadame

Texte rédigé par C.K.S.

Alors que s’achève le mois de la ​journée des droits des femmes​, il me semble pertinent de s’attarder sur diverses initiatives mettant en avant les femmes artistes et leurs œuvres. Lesdits apports aux arts ont été en effet mis en retrait vis à vis de ceux de leurs homologues masculins avec une telle régularité que des personnes de bonnes intentions ont fini par s’en affliger et œuvrer pour changer ce triste état de fait.

On se souviendra pour commencer de l’émoi qu’avait ressenti Ariane Baillon, une lycéenne passant son baccalauréat en 2014, en découvrant que le programme de philosophie n’incluait en tout et pour tout qu’une seule autrice, Hannah Arendt. Cette constatation affligeante l’avait poussé à pétitionner pour que les prochains programmes scolaires présentent à l’avenir davantage d’autrices, une initiative que reproduira deux ans plus tard Françoise Cahen, une professeur de lettres ayant fait la même constatation vis à vis de son programme de terminale littéraire. Leurs pétitions​ respectives​ ayant réunies chacune plus de dix mille signatures et ayant eu de nombreux échos dans les médias, les pouvoirs publics ont fini par en prendre acte et inclure davantage d’œuvres d’autrices (Madame de la Fayette, Madame de Staël, Marguerite Yourcenar et Colette) parmi l’ensemble composant le corpus de texte du bac français 2018.

Ces pétitions largement suivies prouvant qu’il était plus que temps de mettre les autrices sur le même piédestal que leurs homologues masculins, Françoise Cahen a ensuite allié ses forces avec celles de l’association « George, le deuxième sexe » pour créer ​« le deuxième texte »​ une base de données dont le but est de proposer aux « professeur·es une base de textes écrits tant par des femmes que par des hommes, de la manière la plus exhaustive et paritaire possible ».

Cette initiative ayant pour finalité de donner plus de visibilité aux autrices n’est fort heureusement pas la seule en France à vouloir sensibiliser le public aux œuvres des femmes.

On peut sur ce point louer la récente volonté de la monnaie de Paris de mettre en avant la création féminine à travers plusieurs de ses expositions temporaires, à savoir « ​Women’s house ​» (Monnaie de Paris, 20 octobre 2017 au 28 janvier 2018) et «Togeth’her – Artistes à la une​» (Monnaie de Paris, 19 février 2019 au 27 février 2019). Cette dernière exposition résultait d’une initiative conjointement mise en place par ONU Femmes et le magazine Vogue, rassemblant de nombreux artistes contemporains afin de réunir des fonds pour une vente caritative au profit d’une action mexicaine d’ONU Femmes. Ces artistes avaient pour mission de représenter sur une Une de Vogue une femme à leur yeux exceptionnelle, convoquant des figures féminines telles que Elizabeth Taylor, Niki de Saint Phalle, Jane Fonda, Betty Page ou leur propre mère. Au delà de leurs différences styliques et des nombreux sujets représentés, ils ont chacun à leur manière dépeint une femme dont les actions et la postérité ont eu un impact durable sur eux ou sur leur époque. On pouvait noter que, à plusieurs reprises, ces artistes ont choisi d’honorer des femmes à qui leur contemporains avaient refusé une telle place en raison de leur sexe (On songera notamment à Hilma Af Klint, pratiquement oubliée en comparaison avec ses collègues masculins ou Emily Brontë, qui dû se résoudre à publier son œuvre sous un pseudonyme masculin). En accueillant « Togeth’ her », la Monnaie de Paris semble poursuivre une démarche qu’elle avait initiée avec « Women’s house », une exposition qui traitait des limites domestiques traditionnellement imposées aux femmes et à la place qu’elles ont malgré tout su réclamer dans histoire de l’art.

La volonté de la Monnaie de Paris d’accueillir et de mettre en avant la création féminine et la cause des femmes dans la culture constitue une initiative qui semble trouver un écho croissant à Paris, notamment à travers les actions de certaines associations.

Ayant donné à cet article son titre, il est en effet plus que temps de parler de « Matrimoine », un projet de HF Îles de France visant à promouvoir l’égalité des hommes et des femmes dans l’art et la culture. Cette initiative a été lancée en 2014 au cours des journées du patrimoine et rassemblait plusieurs manifestations sous la dénomination commune de « journée du matrimoine ». Il s’agissait pour les organisateurs de mettre en lumière l’héritage culturel dû aux femmes artistes dont les œuvres sont présentes à Paris, une initiative qui s’est poursuivie sur son site dédié, « ​Matrimoine​ ». Le site offre à ses visiteurs de nombreuses ressources leur permettant de prendre connaissance des artistes rassemblées par domaines artistiques (tels que la danse, la littérature, le cinéma ou la sculpture) ou par dates (les périodes concernées allant du XVème au XXème siècle) ainsi que de consulter un annuaire de sites d’artistes féminines rassemblés par leurs soins.

De même, une autre initiative parisienne inspirée par celle-ci a été lancée par sept étudiants de l’école du Louvre diplômés en muséologie dans le cadre d’un projet étudiant. Le blog ​« Matrimoine »​ vise cette fois à cartographier les créations dues à des femmes artistes. La ​carte​ en résultant propose des parcours permettant aux visiteurs de naviguer entre ces œuvres selon des thématiques telles que « architectures», « œuvres picturales », « sculptures », « lieux d’art et de culture » ou « ateliers ». Ce n’est néanmoins pas le seul apport de ce blog à la sensibilisation du public à la cause de la création féminine ; la page d’accueil prend effectivement la peine de présenter l’inégalité entre les hommes et les femmes dans le domaine culturel, une réalité constatée par un rapport du Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes datant de 2018. Les rédacteurs du site développent également comment les stéréotypes et les conventions sociales peuvent expliquer le désintérêt constaté à l’encontre des femmes artistes et fournissent de nombreuses sources aux visiteurs qui souhaiteraient se renseigner davantage sur le matrimoine et la représentation des femmes artistes.

Il est vrai que, en l’état actuel des choses, il reste encore beaucoup à faire pour atteindre l’égalité entre les hommes et les femmes dans le domaine publique et culturel (En 2018, on ne recensait que ​5% des rues parisiennes nommée d’après une femme​). Toutes ces initiatives, qu’elles soient privées ou publiques, prouvent néanmoins qu’il existe une volonté réelle de remettre les femmes artistes sous les feux des projecteurs et de porter leur existence à la connaissance du public, volonté dont on ne peut qu’espérer qu’elle sera pérenne et prospère.

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