Tribune d'expression au féminin Voir grand et loin

Femme ingénieure : les modèles de mon enfance

Texte rédigé par Angie Anazgo

L’un des leviers identifiés pour favoriser l’égalité femme-homme est la féminisation des métiers historiquement « masculins », notamment celui d’ingénieur. En France, nous nous sommes fixés un objectif chiffré pour y remédier : avoir 40% d’étudiantes ingénieures en 2020.

 

Malgré les actions de sensibilisation nous sommes encore loin du compte, aujourd’hui seulement 27% des filles s’orientent vers les études d’ingénieur. Ces chiffres confirment que nous nous privons encore de la richesse que ces femmes pourraient apporter à l’industrie française.

Mais pourquoi si peu de filles poursuivent les cursus ingénieur ? s’agit-il d’autocensure ? d’une orientation scolaire ou familiale marquée par le genre ? d’un manque de modèles féminins ?

Je pense que tous ces facteurs ont évidemment un poids lorsqu’une jeune femme décide et choisit son métier. Néanmoins, je suis convaincue que l’impact des modèles est crucial. S’inspirer des actions de quelqu’un qu’on admire permet de se projeter, de s’imaginer être à leur place, de prendre confiance en soi.

Étant moi-même ingénieure venue du Pérou, où d’ailleurs seulement 19% d’étudiants d’ingénierie sont des femmes, j’ai souhaité faire une rétrospective de l’empreinte laissée par les modèles de mon enfance. Dans cet article je partage avec vous leur apport et la reconnaissance que j’ai pour ces personnes qui m’ont permis de devenir qui je suis aujourd’hui :

Mon père : Ingénieur mécanique passionné de son métier. Il m’a toujours encouragé à bien faire les choses, à ne jamais jeter l’éponge et surtout me sentir égal à n’importe quelle personne : homme ou femme. Sa première priorité était d’éduquer ses trois filles, même si cela représentait d’utiliser tout l’argent qu’il a gagné depuis ses 40 ans.

Ma mère : Femme au foyer. En l’observant j’ai me suis rendu compte que je ne souhaitais pas avoir un quotidien comme le sien. Au contraire, je voulais travailler, être une femme indépendante. Elle m’a appris à me défendre, à ne pas écouter tout ce qu’on me dit. J’ai donc choisi de ne pas suivre à la lettre ses conseils de trouver un métier plus facile.

Mes professeurs (de l’école primaire au lycée), au-delà des matières variées ils m’ont donné des leçons de vie, ils m’ont appris :

Elena : qu’une femme pouvait s’imposer dans un groupe tout en étant bienveillante

Sara : qu’une femme pouvait être indépendante, reconnue dans son travail et gérer une famille en étant seule parent

Roger : que mon potentiel méritait de la reconnaissance.  Il a d’ailleurs passé toute une journée à consolider manuellement les notes de toute ma scolarité afin de présenter mon dossier à l’université dans les temps.

Gustavo : que j’avais la responsabilité de développer mon potentiel et de saisir mes opportunités sans me fixer des frontières.

Presentación : qu’une femme peut avoir du caractère, avoir un rôle d’autorité et diriger une entité éducative. Elle a pris le pari de m’inclure dans le groupe d’élèves à préparer pour passer l’examen d’admission à la meilleure université du pays.

Tous les cinq (ainsi que quelques autres professeurs que je n’ai pas cités) avaient tous un point en commun : ils ont cru en moi et ils m’ont montré avec des faits que je méritais leur soutien.

En novembre 2004, après avoir parcouru 400 kilomètres pour rejoindre la capitale, avoir payé l’inscription à l’examen qui coûtait un SMIC de l’époque et avoir rendu quelques jours d’épreuves j’ai réussi à obtenir la 19ème place (sur plusieurs milliers) et être admise au cursus d’ingénieur en télécommunications. Un jour fort en émotions que j’ai réussi à atteindre grâce au soutien des modèles de mon enfance.