Edito

Le grand voyage de Jean-Marc Sylvestre

jean Marc Sylvestre
Martine Abbou
Ecrit par Martine Abbou

Il est des départs qui nous rappellent avec pudeur que le temps est précieux, il existe des hommes qui occupent intensément l’espace médiatique, Jean-Marc Sylvestre nous a quittés après un long combat, ce cancer qui vole tant de vies, et laisse derrière lui un immense silence.

Avec ma fille Estelle, nous avons eu le privilège de le rencontrer, notre amitié immédiate et réelle. Avec regret peu de temps, mais une intensité rare. Certains regards, certaines conversations, certains silences laissent une empreinte plus profonde que des années de fréquentation. Jean-Marc faisait partie de ces êtres lumineux, d’une intelligence apaisée, jamais démonstrative, toujours tournée vers la compréhension du monde. Certaines rencontres n’ont pas besoin de durer des années pour laisser une empreinte indélébile. La mienne avec Jean-Marc fut de celles-là. Dès notre premier échange, j’ai découvert un homme d’une rare élégance intellectuelle, profondément bienveillant, dont la lumière intérieure dépassait largement sa notoriété.

Jean-Marc,  économiste d’exception, capable de rendre compréhensible ce qui semblait complexe. Son intelligence ne cherchait jamais à impressionner, mais à éclairer. Son raisonnement était rigoureux, visionnaire, toujours guidé par le sens de l’intérêt général. Il regardait plus loin que les chiffres : Toujours un beau sourire,  son analyse économique n’était pas une succession de chiffres. Elle racontait les femmes, les hommes, les entreprises, le courage d’entreprendre et les fragilités de notre société. Derrière chaque raisonnement se cachait une immense culture, une liberté de pensée et une élégance qui deviennent si rares.

Je me souviens de ce jour où je l’ai appelé avec une certaine émotion. Je lui ai demandé s’il accepterait d’accompagner un hommage à mon mari jacob Abbou. Il ne comprenait pas encore toute l’histoire, mais il a immédiatement écouté avec cette bienveillance qui le caractérisait. C’était cela, Jean-Marc : un homme disponible, profondément humain, discret dans sa générosité. Ce « oui » disait beaucoup de l’homme qu’il était. Disponible. Curieux. Généreux. Toujours prêt à soutenir une belle initiative lorsqu’elle était portée par la sincérité.

Aujourd’hui, une voix s’éteint, mais son héritage demeure. Les grandes plumes ne disparaissent jamais vraiment. Elles continuent d’éclairer celles et ceux qui cherchent à comprendre plutôt qu’à juger, à construire plutôt qu’à diviser. Je veux également adresser toute mon affection  a son épouse Colette et mon admiration à Jean-Sébastien Ferjou, son ami fidèle et directeur d’Atlantico, qui vient de lui rendre hommage, tous les deux s’appréciaient tant. Dans les moments où la douleur frappe, l’amitié révèle ce qu’elle a de plus précieux : la fidélité, la présence et la mémoire. Jean-Sébastien a toujours porté haut l’exigence du débat d’idées et de la liberté d’expression. Qu’il trouve ici le témoignage de notre profonde sympathie et de notre respect.

A Colette, son épouse, à la famille de Jean-Marc Sylvestre, à ses proches, à tous ceux qui ont travaillé à ses côtés, nous adressons nos pensées les plus sincères. Les grands hommes ne meurent jamais tout à fait. Ils continuent de vivre dans les idées qu’ils ont défendues, dans les générations qu’ils ont inspirées et dans les cœurs de ceux qui ont eu la chance de croiser leur chemin. Nous avons eu cette chance.

Merci, Jean-Marc, pour ton intelligence, ton humilité, ton élégance et cette lumière discrète qui continuera longtemps d’éclairer notre paysage intellectuel. Jean-Marc tu possédais un réseau exceptionnel, mais tu  ne t’en servais jamais pour briller, tu préférais créer des liens, ouvrir des portes, faire grandir les autres. Oui tu avait surtout le goût du beau : le beau dans les idées, dans les projets, dans les rencontres et dans les relations humaines.

Tu vas va énormément nous manquer..La vie est parfois d’une profonde injustice. Les meilleurs s’en vont alors qu’ils avaient tant encore à transmettre, tant à bâtir. J’aime imaginer qu’aujourd’hui , Jean Marc sylvestre va enfin rencontrer, mon mari jacob Abbou, et que dans cet autre monde, ils poursuivent ensemble de passionnantes conversations sur l’économie qui les animaient  tant tous les deux.

J’aurais tant aimé les voir échanger. Je suis certaine qu’ils se seraient compris. Deux hommes exigeants, cultivés, amoureux de la réflexion, mais profondément attachés aux valeurs humaines. Aujourd’hui, j’aime imaginer qu’ils se rencontrent enfin, là-haut. Que les conversations qu’ils n’ont jamais eues, commencent dans un ciel où le temps n’existe plus.

Merci, Jean-Marc, pour ton humanisme, pour ton regard si juste, ton intelligence jamais arrogante, ta discrétion si rare et ta fidélité à tes convictions, un homme libre. Tu vas laisser derrière toi bien plus que des analyses économiques : une manière de penser, une manière d’écouter et une manière d’être, la liberté.

Les grands journalistes ne disparaissent jamais vraiment. Ils continuent d’éclairer notre route longtemps après leur départ.

Bon voyage, Jean-Marc. ta lumière, elle, ne s’éteindra pas.