Coup de Cœur

Au Pantheon, Honneur à un grand entrepreneur

Martine Abbou
Ecrit par Martine Abbou

Un moment d’exception, ce mardi 16 juin 2026, au Cercle France-Amériques. En tant qu’amis, nous avons eu la joie d’être aux cotés d’un homme passionné, fidèle à ses valeurs et inspirant par son engagement: Henri- Jacques Citroën,  pour honorer  son grand père André Citroën ce nom qui dépasse largement l’automobile. Un nom qui raconte une époque où l’industrie n’était pas seulement une affaire de machines, mais une affaire d’audace, de vision et de rupture, c’était la guerre.

André Citroën n’est pas né dans le confort des certitudes. Il n’a pas hérité d’un empire tout fait. Il s’est construit dans un monde où il fallait convaincre, inventer, parfois bousculer, toujours avancer. Et c’est précisément là que son histoire parle aujourd’hui aux jeunes. Dans la France du début du XXe siècle, il a compris avant beaucoup d’autres que l’industrie pouvait devenir un langage universel. Il a modernisé la production, il a démocratisé l’innovation, il a pensé l’automobile comme un objet accessible et pas seulement comme un luxe réservé à quelques-uns. Il a aussi osé des choix que d’autres jugeaient impossibles. C’est souvent ainsi que naissent les transformations durables. Rester sur les faits, pourquoi le panthéon? Une reconnaissance institutionnelle et symbolique, celle d’un entrepreneur qui a marqué durablement le pays, son industrie et son imaginaire. Ce qui rend son parcours fort pour les jeunes, ce n’est pas l’idée seulement d’un héros parfait, c’est l’idée d’un homme imparfait, pressé par les défis, parfois en avance sur son temps, parfois en tension avec son époque, mais toujours en mouvement. Il a montré qu’en France aussi, on pouvait partir d’une idée et la transformer en puissance industrielle. Pas par magie. Par travail, par prise de risque, par obstination.

Et c’est peut-être là le message essentiel : on ne demande pas à chaque génération de produire des “héros”. Mais on peut attendre d’elle qu’elle ose. Qu’elle crée. Qu’elle refuse de croire que tout est déjà figé. Citroën incarne cette énergie-là : celle qui transforme un pays non pas en discours, mais en actes.

Aujourd’hui, parler d’entrepreneuriat sans parler de courage serait incomplet. Et son histoire rappelle une chose simple : les grandes avancées ne viennent jamais de ceux qui attendent les conditions parfaites, mais de ceux qui décident d’avancer malgré l’incertitude.

C’est cela, au fond, que les jeunes peuvent retenir : ne pas chercher à imiter un mythe, mais comprendre qu’une trajectoire se construit. Et qu’en France, comme ailleurs, les idées prennent de la valeur quand elles sont portées avec constance et exigence.

Ajouter aussi une dimension essentielle, parfois oubliée lorsqu’on résume son parcours : sa vision profondément moderne du social dans l’industrie.

André Citroën ne considérait pas l’usine uniquement comme un lieu de production, mais comme un espace humain, organisé, structuré, où la dignité du travail devait avoir sa place. À une époque où les tensions entre patrons et syndicats étaient fortes, il a cherché,  parfois de manière très en avance sur son temps, à instaurer un dialogue, à apaiser les relations sociales et à ouvrir des canaux de compréhension avec les organisations syndicales plutôt que de les ignorer.

wimadame sensible sur son regard, sur la place des femmes est également marquant. Pendant la Première Guerre mondiale, alors que les hommes étaient mobilisés au front, les femmes ont pris une place essentielle dans les usines. Citroën a compris cette réalité et a organisé le travail en conséquence, en mettant en place des dispositifs concrets pour améliorer leurs conditions de vie : des espaces de repos, des lieux pour se restaurer, et même des solutions d’accueil pour les jeunes enfants. L’idée n’était pas seulement de “faire tourner la production”, mais de permettre aux femmes de travailler dans des conditions plus humaines, dans un contexte pourtant extrêmement dur.

Heros dans un monde imparfait… Ce n’était pas parfait, et rien ne l’est jamais dans l’histoire industrielle. Mais il y avait là une intuition rare pour l’époque : celle que la performance économique et le progrès social ne sont pas forcément opposés, et qu’une entreprise peut aussi être un lieu d’attention aux personnes.

C’est cette dimension-là qui donne encore plus de profondeur à son héritage. Pas seulement l’ingénieur, pas seulement le bâtisseur, mais aussi celui qui a tenté à sa manière, de relier industrie, société et humanité dans un même mouvement. Tous nos hommages au passé, avec une lumière vers l’avenir, et l’industrie en France.