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Tribune du 20 octobre 2026 : la parole à Olivia Roman

Bonjour à vous, les lumières de wimadame,

Ces rencontres que le hasard met sur notre chemin. Le hasard ?

J’ai eu le privilège d’être invitée à une soirée le jeudi 1er octobre 2026, organisée à l’Hôtel national des Invalides, dans le salon du gouverneur militaire de Paris, par Mai Linh Camus, présidente de Prisme Intelligence et Renseignement d’Affaires, ancienne officier de renseignement.

Mai Linh, je la connais depuis trois ans. Devenue une amie, Mai Linh a orchestré cette soirée avec talent, réunissant autour d’une table ronde des invités prestigieux et des personnalités aux parcours singuliers.

La table ronde animée par Claude Medori, avec trois intervenants :

Claude Revel, spécialiste de l’intelligence économique et de l’influence internationale. Elle a rappelé le rôle des normes comme instruments de puissance.
Roland Lombardi. Il a montré que l’information, la technologie, l’influence, l’économie et la souveraineté ne peuvent plus être séparées.
Gérald Karsenti, ancien PDG et VP de grands groupes tech. Il a souligné que, malgré la puissance de l’IA, la responsabilité de la décision et de l’action reste humaine.

Soirée organisée en association avec la revue Diplomatie et son rédacteur en chef Thomas Delage. Son thème : comment les entreprises françaises peuvent gagner la guerre économique face aux nouvelles menaces. Maï-Linh Camus a aussi remercié le sénateur Christophe Plassard, le général Bruno Le Ray et Richard Flahaut, présents parmi la centaine d’invités.

Et la surprise, Jean Michel Karam, juré de qui veut être mon associé. Une intelligence rare, un charisme naturel et une humanité sincère : une personnalité lumineuse qui impressionne autant par son esprit que par son cœur.

Mais c’est parfois avant même que la soirée ne commence que de belles surprises se dessinent aussi. À mon arrivée, une jeune femme s’approche de moi. Nous échangeons quelques mots, puis la conversation s’installe naturellement. Le courant passe. Je découvre une personnalité qui m’intrigue, un parcours qui suscite ma curiosité.

Elle s’appelle Olivia Roman, une nouvelle histoire à découvrir. Et puis, au fil de notre échange, elle me parle d’un livre qu’elle s’apprête à publier.

C’est aussi cela, la vocation de notre Tribune d’expression wimadame : provoquer la rencontre, ouvrir des portes, faire émerger des voix et donner la parole à celles et ceux qui ont quelque chose à transmettre.

Je ne vais donc pas vous raconter l’histoire d’Olivia à sa place. Je préfère lui laisser la parole, pour qu’elle nous raconte son parcours, son projet et ce qui l’a conduite à écrire ce livre. Car derrière chaque rencontre, il y a une histoire. Et derrière chaque histoire, peut-être une émotion, une réflexion, une découverte qui nous touche ou nous transforme.

Aujourd’hui, la Tribune d’expression Wimadame donne la parole à Olivia Roman. À elle de nous surprendre.

Belle lecture.

Martine
martine.abbou@wimadame.com


La parole à Olivia Roman
Romancière et collaboratrice au Diplomate Média

Qui êtes-vous vraiment ?

Je suis Olivia Roman, auteure de thrillers. Mon « entreprise » tient en un titre : Le Réseau Daphnée, une série en trois tomes dont le premier, Celles qu’on efface, est paru cet été, et sort en librairie en novembre. Je l’ai publié seule, et j’ai mené ce lancement comme on monte une structure : avec une méthode, des règles écrites, un calendrier, et le refus de sous-traiter les décisions. Je connais la langue des institutions de l’intérieur, et c’est cette langue que mes romans retournent contre ceux qui s’en servent pour effacer.

Le déclic, et où vous en êtes

Le déclic est venu de l’affaire Epstein, mais pas de la façon qu’on imagine. D’abord un document : un accord judiciaire de quelques pages, en 2008, qui transformait un trafic en procédure allégée. Puis, en avril 2025, la mort de Virginia Giuffre, celle qui avait porté la parole des victimes pendant quinze ans. Et enfin, en janvier 2026, la publication de millions de pièces : des vols, des virements, des échanges de courriels où des hommes très installés parlaient du monde comme d’une chose qui leur appartenait. J’ai compris que ce crime-là ne se cachait pas, qu’il se classait, et qu’il traversait les frontières, la France comprise. Une enquête prouve des fragments ; seul un roman pouvait regarder l’ensemble en face. Aujourd’hui, le tome 1 arrive en librairie dans un mois, les tomes 2 et 3 sont écrits, une tribune vient de paraître dans Le Monde du Polar et un grand entretien dans Le Diplomate Média. Je suis au moment où le livre quitte mes mains.

Malgré les doutes, quelle qualité vous a fait avancer ?

La méthode. Avant d’écrire, j’ai posé des règles, dont une que je tiens pour la plus importante : si une phrase pouvait servir le système qu’elle décrit, elle saute. J’ai perdu des pages entières à ce test. Mais quand on doute, les règles décident à votre place, et c’est ce qui m’a permis de finir. Le talent, je ne sais pas. La ténacité, oui : un dossier, on le rouvre jusqu’à ce qu’il parle.

Votre rêve le plus fou

Qu’une seule personne compose le 119 à cause de ces pages. Mon roman s’ouvre sur ce numéro, parce qu’un livre sur l’effacement devait commencer par quelque chose qu’on ne peut pas effacer. Après ça, voir Lou à l’écran serait un beau rêve, mais le premier est le seul qui compte.

Votre coup de cœur

Les lecteurs qui écrivent. L’un d’eux m’a dit avoir attendu la scène de violence pendant deux cents pages avant de comprendre qu’elle ne viendrait jamais. Il voulait savoir si c’était volontaire. C’est pour cette question-là que j’écris.

Votre coup de gueule

L’impunité, sous toutes ses formes. Celle que j’ai mise en roman, où personne ne commet le crime entier parce que chacun n’en signe qu’une partie. Celle que des millions de documents viennent de rendre lisible à qui veut lire. Et celle, plus ordinaire, qu’on croise dans n’importe quelle institution : un délai qui devient un outil, un dossier qui dort, une faute qui finit en fonds documentaire. Je ne demande pas des têtes. Je demande qu’on arrête de confondre « classé » et « réglé ».

Vos trois mots préférés

Classer. Tenir. Retrouver. Le premier est celui du système. Les deux autres sont ceux de mon héroïne.

Ce que vous aimeriez changer dans l’entrepreneuriat

Que l’autoédition cesse d’être une salle d’attente. Un livre autopublié n’a pas accès aux mêmes tables en librairie, aux mêmes pages, aux mêmes prix, quel que soit son niveau. Je voudrais que le texte soit jugé avant le logo en quatrième de couverture.

Votre regard sur 2027, et un conseil à qui démarre

Finissez la chose. Beaucoup de projets meurent à 80 %, parce que les 20 % restants sont les moins gratifiants. Écrivez vos règles avant d’en avoir besoin, et n’achetez jamais rien sous pression de calendrier : ce qui est bon pour vous le sera encore la semaine prochaine.

Ce que vous attendez d’un réseau, et comment vous le cultivez

Des passeurs, pas des applaudissements. Des gens qui lisent et qui disent ce qu’ils pensent. Je le cultive par la franchise : je dis à chaque interlocuteur ce que je peux lui apporter et ce que je ne peux pas, et je demande la même chose en retour. Ça trie vite, et ce qui reste tient.

Une personne qui a compté

Roland Lombardi, historien, géopolitologue, fondateur et directeur du Diplomate Média, le premier quotidien de géopolitique en France. Il a bâti seul, avec une petite équipe, un média à la ligne disruptive et éclairante, loin de l’actualité mainstream, et il l’a tenu contre vents et marées. Il a été le premier à prendre mon roman au sérieux et à lui donner deux pages, aux côtés de criminologues. C’est une aventure éditoriale à laquelle je participe, et je ne connais pas beaucoup de gens qui aient à la fois le courage de la ligne et l’exigence du fond.

La question que vous auriez aimé qu’on vous pose

« Pourquoi un roman, et pas une enquête ? » Parce qu’une enquête prouve des fragments et ne peut jamais nommer la totalité. Un roman ne prouve rien, et c’est sa liberté : il peut regarder le système entier en face, parce qu’il ne lui doit rien.

Le cercle des lumières, le cercle des 100

Oui, à une condition que je m’applique à moi-même : que ce soit un cercle de gens qui font, pas de gens qui annoncent. J’ai passé un an à construire une série de romans sans éditeur, avec des règles écrites, un calendrier et une méthode, et j’ai appris ce que vaut un réseau : exactement ce qu’on y apporte. Si le cercle des 100 réunit des femmes qui tiennent une ligne dans la durée, qui acceptent qu’on leur dise la vérité sur leur travail et qui savent la dire en retour, alors j’y ai ma place, et quelque chose à donner. Sinon, je préfère rester à ma table d’écriture.

Un mot pour wimadame

Merci d’ouvrir une tribune où l’on peut dire ce qu’on construit sans avoir à le vendre. C’est devenu rare, et ça se cultive.


Présentation

Olivia Roman est romancière et collaboratrice au Diplomate Média.

Son premier roman, Celles qu’on efface, ouvre Le Réseau Daphnée, une trilogie de thriller géopolitique et psychologique dans la lignée de Millénium. Né de l’onde de choc des Epstein Files, le livre explore par la fiction une question que l’actualité ne cesse de reposer : comment des jeunes femmes peuvent-elles disparaître des registres, sans que personne ne décide jamais de rien ?

Deux enquêtes, menées à vingt-cinq ans d’écart, remontent la même chaîne, d’un port américain aux archives d’une fondation genevoise.

Le roman a fait l’objet d’un grand entretien dans Le Diplomate Média, et l’autrice a signé sur Le Monde du Polar une tribune consacrée à l’écriture de la violence dans le roman noir.

Disponibilité

Celles qu’on efface est disponible en version numérique et en version papier.

Liens

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