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Coup de cœur de wimadame : Du leadership

Texte écrit par Gisèle Vanzo-Riehl

Gisèle Vanzo-Riehl, qui a intégré́ son premier Comité́ de Direction à 26 ans, livre à wimadame ses réflexions sur le leadership. Ses fonctions de Chief Operating Officer, Directrice des Operations et de Centres de Profit l’ont conduite à̀ diriger des managers et mener des projets transverses stratégiques, dans des environnements complexes de transformation mettant à l’épreuve ses qualités de leader.

En guise introduction

« If your actions inspire others to dream more, learn more, do more and become more, you are a leader. »

« Si vos actions inspirent les autres à rêver d’avantage, apprendre d’avantage, accomplir d’avantage, et devenir d’avantage, vous êtes un leader. »

John Quincy Adams, 1767-1848 (6e Président des États-Unis)

I Tenter une définition

Que retenir du leadership ? Peut-être ce qu’il n’a ou n’est pas ?

Le leadership n’a pas d’âge. Mère Teresa est décédée en 1997, à l’âge de 87 ans.

La militante suédoise Greta Thunberg, égérie de la lutte planétaire contre le changement climatique, est nommée à 16 ans personnalité́ de l’année 2019 par le magazine Time, « le pouvoir de la jeunesse ».

Le leadership n’a pas de couleur. Dans un bus, le 1er décembre 1955 à Montgomery, Rosa Parks refuse de céder sa place à̀ un passager blanc. Elle devient la porte-parole de la lutte contre la ségrégation raciale aux États-Unis. En 1962, l’astronaute John Glenn demande que la mathématicienne Katherine G. Johnson, afro-américaine née en 1918 (elle a 101 ans !) et diplômée de l’université́ à 18 ans, vérifie elle-même les chiffres calculés par l’IBM : « si elle dit qu’ils sont bons, alors je suis prêt à partir ». Le 21 juillet 1969, l’Homme met le pied sur la lune.

Le leadership n’a pas d’époque. Jeanne d’Arc, figure emblématique de la guerre de Cent Ans est la femme la plus connue du Moyen Age. Depuis 1975, l’avocate Danielle Mérian milite au sein de l’ACAT (Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture). Présidente de l’association SOS Africaines en danger, elle se bat contre l’excision et le mariage forcé. Le lendemain des attentats du 13 novembre 2015, elle dépose une fleur devant le Bataclan et lance un message de paix, qui devient viral dans les réseaux sociaux et media. Paris est une fête, Ernest Hemingway.

Le leadership n’a pas de genre : si vous n’êtes pas convaincus, relisez ce qui précède ou réécoutez la chanson de Michel Sardou Être une femme : « … ayant réussi l’amalgame de l’autorité́ et du charme … maitriser à fond le système, accéder au pouvoir suprême, s’installer à̀ la Présidence et … » etc, etc ! Certes, briser le plafond des opportunités à forte visibilité́ reste pour une femme, un défi sans cesse renouvelé́. Au diable la stigmatisation stérile ! Pour gagner le combat de la légitimité́, n’est-il pas plus efficace d’agir, plutôt que de déclamer contre l’inégalité́ de reconnaissance et de traitement ? Mesdames, valorisons notre différence par notre audace et les résultats obtenus. Faire, puis dire. Car différences il y a, de sensibilité́, de style, des batailles à mener au quotidien dans la persévérance, pour s’imposer, particulièrement dans les secteurs d’activité́ encore peu féminisés. Christine Lagarde, présidente de la Banque Centrale Européenne, a une trajectoire exemplaire.

Le leadership n’est pas du management : lors de la coupe du monde de football 2018, Didier Deschamps est un manager protecteur, Paul Pogba un leader inspirant. Il prend la parole avant les moments décisifs pour motiver, entraîner dans la dynamique du succès : « Je ne sais pas combien de matchs on a fait dans notre carrière, dans notre vie. On a perdu une finale, on l’a encore dans la tête […]. Aujourd’hui, on ne va pas laisser une équipe prendre ce qui est à̀ nous. Je veux que ce soir, on soit dans la mémoire de tous les Français. », finale France-Croatie, 15 juillet 2018, 4-2.

II Se souvenir, “Head, Heart, and Guts”

En 2006, salariée chez un courtier d’assurance dont le siège social est new-yorkais, j’intègre un programme interne de formation accélérée au leadership, en anglais, piloté par Londres.

La démarche d’accompagnement structurée sur 2 ans, a pour objectif de mettre des collaborateurs prometteurs, identifiés dans plusieurs pays de la zone EMEA (Europe Middle East & Africa), en situation professionnelle de développer leurs compétences de leader.

La validation du parcours est conditionnée par l’obtention d’un ROI final, qui mesure le résultat tangible des initiatives et actions conduites par l’apprenant. Ce retour sur investissement doit être suffisamment convaincant, avec impact favorable de la marge, pour démontrer à l’entreprise que son engagement humain et financier dans le cursus ne fut pas vain. C’est beaucoup de travail, tout en continuant à̀ assumer les responsabilités attachées à son poste. Je m’implique très sérieusement.

Je découvre le Best-Seller Head, Heart, and Guts, co-écrit par David Dotlich, Peter Cairo et Stephen Rhinesmith, lecture de chevet de tout « big cheese » déjà̀ leader, mais pas encore « complete ».

L’ouvrage s’inspire du roman Le magicien d’Oz de Lyman Frank Baum, novateur pour la jeunesse de 1900 : l’épouvantail souffre de ne pas avoir de cerveau, le bûcheron de cœur et le lion de courage. Comme ils réussissent à tuer la méchante sorcière de l’Ouest avec l’aide de la petite fille Dorothy, le magicien imposteur comble leur manque, sauf celui de Dorothy qui parvient finalement à rentrer chez elle, grâce à la gentille fée du Sud.

Devenir un leader accompli, c’est avoir développé́ une combinaison équilibrée de ces 3 qualités : le discernement, l’empathie et la bravoure, pour réussir le défi de : définir une stratégie, gagner la confiance et prendre des risques.

L’apprentissage est délicat. Dans Morales Provisoires (la 12e je crois), le philosophe Raphaël Enthoven met en garde une femme politique sur le siège du courage : il ne faut pas se tromper, c’est le cœur.

En 1928, Le magicien d’Oz est prohibé par les bibliothèques publiques américaines, car il « dépeint des personnages de femmes fortes dans des rôles de leader » !

III Penser à̀ l’avenir : et demain ? “Heart, Guts and Head” ?

Les stéréotypes ont la vie dure. L’étude mondiale menée sur plusieurs années par le cabinet Hudson révèle que, pour accéder aux postes de direction, les femmes adoptent un comportement masculin éloigné́ de leur attitude naturelle (ouverture d’esprit, consensus, altruisme). Elle alerte sur le risque d’une régression de la mixité́ en période de crise : le choix du leader masculin est rassurant. Pourtant, si on laisse les femmes libres de capitaliser sur leurs atouts, elles pourraient apparaître meilleurs leaders que les hommes dans les entreprises actuelles. Au point d’éviter les excès de confiance, dévastateurs pour le secteur financier ?

Les dernières recherches publiées en juin 2019 par HBR édition USA mettent en exergue des scores plus enlevés obtenus par les femmes pour 17 des 19 critères de leadership dans les revues 360 (*). Or le pourcentage de femmes nommées CEO dans des grands groupes reste faible. L’omniprésence d’hommes à des fonctions de haut niveau génèrerait-elle un « biais inconscient » lors du choix ?

Dans son numéro publié fin 2019, ESCP Europe Magazine consacre un dossier au dirigeant de demain, « valeur refuge dans un univers incertain » : empathique, humble et courageux, le leader moderne sait faire preuve d’agilité́ et s’adapter. Doté d’une intelligence émotionnelle et à l’écoute, il mobilise et fait grandir des talents pluriels, dans des contextes culturels et lieux de travail multiples. Bon orateur et coach fédérateur, il se réinvente grâce à sa curiosité́ et à sa capacité́ de partage critique, qui nourrissent sa vision et enrichissent son discours.

La tendance actuelle à valoriser prioritairement les soft skills intelligence émotionnelle, communication et intuition offre peut-être aux femmes une chance de briser définitivement le plafond de verre. D’autant que les nouvelles générations, difficiles à̀ fidéliser, apprécient un style de management humain, participatif et durable.

Vers un leadership éthique, une responsabilité́ sociale et sociétale exemplaire ?

Je vois sourire Alain Etchegoyen, mon disruptif professeur de philosophie au lycée Louis-le-Grand, hélas disparu trop tôt. Éthique n’est pas morale ! La valse des éthiques, prix Médicis essai 1991.

Dans La révolution des organisations – Pour une nouvelle architecture de l’entreprise, Daniel Baroin et David Gateau évoquent ce positionnement global de l’entreprise qui s’interroge sur sa contribution au progrès humain et son impact sur la société́. L’expression affirmée de la « raison d’être » apparaît comme un catalyseur qui ouvre des perspectives novatrices.

Ce faisceau d’indices optimistes serait-il le signe d’un avenir prometteur pour les jeunes ? Je m’en réjouis pour Aline et Alexandra, mes deux « Petites Poucettes », ma plus grande fierté́.

Michel Serres, vous laissez un grand vide.

Spécialiste du futur du travail, Laetitia Vitaud explique la mutation Du labeur à l’Ouvrage : le contrat de labeur né il y a un siècle ne garantit plus salaire, sécurité́ relative de l’emploi et statut social en échange d’une forme d’aliénation. La perte de sens dans le travail et l’appauvrissement du salarié expliquent l’émergence d’un nouveau monde qui revisite les valeurs traditionnelles libératrices de l’artisanat : autonomie des moyens, responsabilité́ du résultat et créativité́ de l’être soi-même, si différenciant du robot.

Allons-nous devenir demain notre propre patron ?

Propos conclusifs

Une réflexion embarque dans un voyage, questionne les expériences passées, ouvre de nouvelles portes vers la découverte de champs inconnus et l’alchimie de belles rencontres.

Merci Martine Abbou pour cette généreuse opportunité d’explorer le leadership, en ce début d’année, avec bonne humeur, « Guts, Heart and Head » ! Que 2020 apporte aux Wimadames et à tous les autres, inspiration, motivation et de vibrantes émotions à consommer sans modération !

Gisèle Vanzo-Riehl – Paris, le 8 janvier 2020

(*) les 17 critères/19 : prendre des initiatives, résilience, auto développement, chercher à̀ obtenir des résultats, développer les autres, inspirer et motiver, diriger avec courage, haute intégrité́ et honnêteté, créer du relationnel, champion du changement, établir des objectifs ambitieux, collaborer en équipes, se relier à l’extérieur, communiquer, résoudre des problèmes et analyser les situations, vitesse de réactivité́ et innovation.

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