Tribune d'expression au féminin

Il y a une vie après une cession

by Sandra LEGRAND

Créer une société est un acte majeur dans une vie : c’est un acte fondateur, une entreprise passionnée avec tout de même une dose d’inconscience et heureusement !

Si on savait tout ce qui nous attend, je ne sais pas si on se repasserait le film.

Toujours est-il que créer, développer son entreprise, amène des joies, des fiertés, un enthousiasme certain, une réalisation, une liberté d’action et d’expression (même si elle reste relative), ainsi on peut rapprocher cela d’une période de gestation puis d’un bébé qui nait, puis l’éducation d’un enfant qui devient adolescent et pour lequel on fait nos « best efforts » pour qu’il ait toutes les chances de réussir.

Au risque de choquer avec cette comparaison, je la poursuivrai volontiers car on donne aussi beaucoup d’amour, de passion , de vision, d’optimisme, de croyance, de confiance, de plaisir, de colère, de stress, de découragement parfois, d’angoisse aussi mais avec toujours la ferme conviction que nous faisons le maximum, avec bon sens, raisonnement , écoute, compréhension, volonté et travail au quotidien pour faire pousser cette belle graine que nous avons semé.

Alors, nous pourrions continuer la comparaison avec des adolescents ou jeunes adultes qui s’en vont et prennent leur route : études, vie professionnelle, départ à l’étranger, prise de leur autonomie avec un appartement… mais je vais m’arrêter là et revenir à la vie professionnelle.

Il arrive un moment où on décide de vendre sa société, pour des raisons très variées : une opportunité, une rencontre, une nécessité versus la concurrence ou le marché, des enjeux financiers, des timings de liquidité, des volontés de réalisation d’actionnaires, une lassitude du fondateur, une réorganisation, un retournement de marché … bref, positives ou plus délicates, les raisons sont diverses, mais aboutissent au final au fait que vous lâchiez votre bébé, ado ou adulte.

Bien sûr, on peut rester impliqué dans la phase de cession et suivante, mais ce n’est plus la même chose… on peut aussi avoir envie de tourner la page et de changer de vie et de projet…

Pour ma part, j’ai pris la deuxième option.

J’attaque ma troisième tranche de vie : après 11 ans dans une grande entreprise internationale en tant que cadre salariée, j’ai ensuite créé CANALCE devenu KALIDEA que j’ai développée pendant 16 ans pour l’amener à 70 M€ de chiffre d’affaires et près de 200 salariés, et je l’ai cédée au printemps 2016 au groupe industriel UP pour qu’elle poursuive son développement.

Cette période m’a apporté des joies immenses et un plaisir-passion que je n’ai jamais regretté même si j’ai eu bien sûr des moments de doutes et de stress, car la vie d’une entreprise et du chef d’entreprise n’est pas un long fleuve tranquille.

J’attaque aujourd’hui une nouvelle étape dans mon parcours : auteur, speaker, administratrice indépendante, conseil et accompagnement d’entreprises et bien sûr toutes mes implications dans les écosystèmes que j’affectionne particulièrement (associations, fondations, institutions).

Céder est une période difficile car on oscille entre l’envie de passer le cap, mais aussi la nécessité impérieuse de devoir penser à ses futurs projets car, croyez-moi, ça fait un vide !

D’une phase opérationnelle, patronne de votre boutique, vous passez à une phase moins opérationnelle, sans équipe à devoir reconstruire.

Ça perturbe beaucoup, raison pour laquelle, je me permettrai quelques conseils ou recommandations que j’ai expérimentés.

Tout d’abord, il faut voir les côtés positifs : vous réalisez plus ou moins et vous entrez dans une nouvelle ère. Il faut donc avoir préparé son projet et penser à l’après, avoir travaillé son réseau ainsi que son « personnal branding » comme on dit dans le langage entrepreneur, avoir créé sa notoriété grâce à ce que vous avez fait, participer à toutes les conférences, tables rondes, articles, interventions, commissions de travail.

Dans la foulée, j’ai co-écrit avec Evelyne Platnic Cohen un livre #AMBITION. Il a largement occupé ma rentrée, nous avons eu une très belle promotion, un accueil presse et des lecteurs à la hauteur de nos « ambitions » un succès qui perdure et me rassure.

Puis je me suis posée quelques questions : « ce que j’aime faire, ce que j’ai appris et ce que je pourrai partager, car j’aime le partage plus que tout. Que puis-je apporter avec mes 30 ans de vie active (mi parcours salariat/mi parcours entrepreneuriat), ce qui continuerai à me faire progresser, ce que je pourrais encore apprendre ». Assez vite, je me suis orientée vers les conférences, le partage et l’accompagnement.

Comme j’aime ça, je pense bien le faire et j’en fait donc régulièrement sur des sujets variés comme le networking, la prise de parole en public, l’ambition (bien sûr) mais aussi le bien-être au travail, la parité homme-femme…

Par ailleurs, le fait d’être une femme, en plus d’être compétente bien sur J, offre aussi des opportunités, notamment celles d’être sollicitée pour des conseils d’administration : je suis administratrice dans 3 conseils aujourd’hui dont 2 sociétés cotées et j’en suis ravie car j’apprends et je partage mon expertise dans les domaines du commercial, partenariat, stratégie, marketing, digital…

Cerise sur le gâteau, j’essaie de prendre un peu plus de temps pour ma famille et moi-même en préservant le vendredi dans la mesure du possible, afin de m’accorder ce 4/5ème dont on rêve mais qu’il est toujours difficile de valider.

Voilà mes confidences. Je ne veux pas créer de jalousie car chacun fait son chemin et sa route, j’ai eu envie de vous décrire la mienne pour encourager, stimuler et rassurer ceux ou celles qui ont peur de cette période post cession, car bien préparée et pas uniquement dans la dernière ligne droite, cette nouvelle phase apporte beaucoup de satisfaction.

Si je peux finir avec une note préventive mais aussi indispensable : ne jamais s’habituer à son confort, avoir toujours envie de challenge, s’entourer de façon affective et professionnelle de personnes qui vous font du bien, croient en vous et vous encouragent.

Donc à toutes celles et ceux qui ont ce projet de « prendre du recul » à court, moyen ou long terme, je dirai préparez le autant que possible, anticipez vos projets de demain, construisez les avec audace et ambition mais surtout restez optimistes et convaincus que tout ce que vous avez appris et éprouvé sert, en vous rappelant que ce qui compte au final ce n’est pas la destination mais le chemin parcouru !

Sandra Legrand
Présidente / speaker / conférencière
www.sandralegrand.com