Réflexions, conseils & business Tribune d'expression au féminin

#Wewantrespect

Ecrit par wimadame

Texte rédigé par Ariane Warlin

Un véritable débordement.  C’est ce à quoi on assiste depuis plusieurs semaines déjà. Après les « #balances ton porc » et les « #metoo », 100 femmes sont montées au créneau pour mettre en avant le droit d’être « importunées », avant que l’écrivaine Leila Slimani ne vienne leur rabattre le caquet. « Ce n’est pas parce qu’on sait se défendre, parce qu’on a les mots pour dire non, et la force pour repousser un homme, que l’on doit tolérer le fait d’être importunée », leur répond cette dernière.

Tweets à gogo, tribunes contre tribunes, plateaux télé inondés de témoignages en tous genres… la parole est bel et bien libérée. Et c’est extrêmement sain ! Depuis longtemps déjà, un sentiment de ras le bol couvait, qui ne demandait qu’à exploser. L’affaire Weinstein en a été le catalyseur.

Le problème est que sur l’agora, on a vite tendance à tout mélanger. La drague (aussi lourde soit-elle) n’a que peu de choses à voir avec le viol. Comment ne pas penser à certains hommes qui ont été traînés dans la boue pour avoir fait des avances (certes souvent graveleuses et déplacées), pour lesquels ils s’étaient pourtant excusés ? Pourquoi celles qui ont « balancé » leurs noms quitte à ruiner leurs carrières n’ont-elles pas tout simplement refuser les avances ? Pourquoi cette fièvre de lynchage consistant à les envoyer à l’abattoir pour des mots déplacés mais qui ne constituent pas pour autant un délit ? Comment peut-on oser dire à des femmes qui portent des tenues qui les mettent un peu trop en valeur qu’elles sont responsables des atteintes à leur intégrité ? Comment ne pas penser aussi à celles ayant connu le viol, et à juste titre terriblement choquées quand d’autres femmes prétendent que ce peut être un moment jouissif ?

Cacophonie…

Car ce qui frappe beaucoup dans ce qui se joue, ce sont les voix très dissonantes, alors qu’on aurait pu espérer plutôt un  front commun. Bien évidemment, chacune a le droit d’avoir sa propre opinion, mais un hiatus semble se dessiner, osons le dire, sur un plan générationnel et social. Catherine Deneuve a été vite taxée d’appartenir à l’ancien monde en défendant aux côtés de 100 signataires une « guerre des sexes absurdes et hallucinatoire ».  Elle a certes tenté un rétropédalage, elle même engluée dans une situation qui a dérapé bien plus qu’elle ne l’aurait souhaité. Pourquoi ces femmes signataires n’ont elles pas souhaité associer les hommes à leur tribune ? Sarah Chiche, qui en est à l’initiative, a reconnu ne l’avoir pas envisagé. Mais n’est-il pas plus pertinent de faire avancer la réflexion tous ensemble ? D’autant que beaucoup d’hommes se montrent très solidaires des agressions verbales ou physiques dont sont l’objet les femmes.

… et mélange des genres

Si l’élite bienpensante défend le droit de « se faire du gringue » (pour reprendre délibérément une expression désuète), force est de reconnaître qu’elles sont déconnectées de la réalité du terrain. Bien sûr, on peut apprécier d’être « importunée» quand c’est fait avec élégance. Mais les « techniques d’approche » dans l’antre des beaux quartiers n’ont rien à voir avec les agressions physiques et verbales dont sont victimes les femmes qui se font tripoter dans le métro et traiter de « salopes ». Une réalité bien moins romantique ! Va-t-on légiférer sur ce qui peut être dit ? Sur les approches « acceptables » et celles qui ne le sont pas ? Nos fils vont-ils se promener avec un guide sous le bras pour ne pas commettre d’impair ? Pourront-ils dire à une femme qu’elle est jolie ? Bien habillée ? Une perspective d’ordre moral peu enthousiasmante…

Et si la clé résidait dans ce qui se joue dans l’enfance

A mes yeux, tout se joue au niveau de l’éducation. Bien évidemment, il est illusoire de penser éradiquer les déviances sexuelles, mais il y a néanmoins des options pour faire bouger les lignes, plus efficaces que les « process” d’outre Atlantique. Plutôt que d’apprendre à des bataillons d’hommes cadres à ne pas monter dans le même ascenseur qu’une femme s’ils sont seuls, pourquoi n’enseigne-t-on pas aux enfants (filles comme garçons) l’importance du respect? Tant qu’on ne leur apprendra pas à dire « non » et tant qu’on ne leur expliquera pas qu’ils ont des droits (notamment celui au respect leur intégrité physique), la situation ne pourra pas évoluer sereinement. Comme l’explique très bien la psychanalyste Claude Halmos, il faut donner à nos enfants des repères pour qu’ils ne deviennent ni harcelés, ni harceleurs. « Il y a dans le harcèlement une négation de l’autre, en tant qu’égal à soi même, dont le désir doit être respecté ? Il faut leur signifier que ce sont des choses dont on a le droit de parler », explique-t-elle.

Les débat sur l’écriture inclusive vont sans doute trop loin, mais il est indéniable que certaines façons de parler ou de voir le monde impactent les représentations des enfants. Pourquoi par exemple continuer à parler de « sexe fort » et de « sexe faible » ?

Arrêtons de diviser, en taxant les unes de féministes, et les autres de puritaines !

Arrêtons de parler de « male power » ou de « female power »! Partons du principe que nous devrions toutes et tous avoir le même power en termes de droits et de libertés individuelles.

 

Arrêtons de tout mélanger : drague, harcèlement au travail, viol, égalité salariale…. Si tous ces sujets sont assez éloignés, ils ont toutefois un dénominateur commun : l’aspiration au respect. Respect de ce que les femmes sont, de ce qu’elles pensent et de qu’elles valent. Pas étonnant d’ailleurs que la lutte contre les stéréotypes dans la publicité et les problématiques relatives au plafond de verre reviennent sur le tapis.

Ensemble, écrivons l’avenir et préparons la relève !

Ariane Warlin
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