Coup de Cœur Média

Intelligence et beauté

Ecrit par Martine Abbou

Elle s’appelle Hedy Lamarr.

Elle a donné la réplique aux plus grandes vedettes : Clark Gable, James Stewart, Charles Boyer, Spencer Tracy.

Les starlettes de l’époque se coiffaient et se maquillaient comme elle, dans l’espoir de percer à leur tour dans le cinéma.

Elle s’est mariée six fois et a divorcé six fois ; ses amours faisaient chaque semaine la « une » des équivalents hollywoodiens de Voici et Paris Match.

Puis sa carrière a décliné et Hedy Lamarr a été oubliée.
Cet oubli est une grande injustice.

Car « la plus belle femme du monde » était aussi une inventrice de génie. Et son parcours me parait une incroyable leçon de vie, pour vous comme pour moi.
Aux origines du Wi-Fi : une idée géniale pour combattre l’Allemagne nazie

Saviez-vous que la technologie du Wi-Fi, des réseaux mobiles et des GPS date du début de la Seconde Guerre mondiale ?

C’est à Hedy Lamarr qu’on la doit, en large partie.

Contrairement aux autres stars d’Hollywood, une fois sa journée de tournage terminée, Hedy ne passait pas ses soirées dans les clubs.

Elle s’enfermait dans le petit laboratoire qu’elle avait aménagé chez elle et elle inventait.

Elle mit ainsi au point, avec un ami pianiste (!) un système de transmission appelé l’« étalement du spectre par saut de fréquence ».

Son but était de combattre les sous-marins nazis, qui faisaient des ravages en torpillant les navires alliés.

Hedy Lamarr essaya de mettre au point un système inviolable de téléguidage des torpilles américaines.

Le brevet de son invention fut enregistré en 1942. Il s’intitule « Secret Communication System ».

Le principe était de changer constamment de fréquence, de façon synchronisée, entre l’émetteur (qui commande la torpille) et le récepteur (la torpille), et ainsi de rendre la trajectoire des torpilles indétectable.
Elle moisit dans un tiroir pendant vingt ans

Malheureusement, lorsque l’actrice alla proposer à la Marine américaine de disposer gratuitement de son brevet… on lui rit au nez :

« Vous feriez mieux de soutenir l’effort de guerre avec votre sex-appeal », lui dit-on.

C’est ce que fit Hedy Lamarr, parcourant le pays et récoltant beaucoup d’argent au profit de l’armée américaine.

Son invention, elle, atterrit dans un tiroir et fut classée « secret-défense ».

Un ingénieur de l’armée l’en ressortit vingt ans plus tard, et l’appliqua lors de la crise des missiles de Cuba, puis la guerre du Viêtnam.

L’invention d’Hedy Lamarr passa ensuite dans le civil et devint la base d’une technologie qui donnerait le Wi-Fi, la communication satellitaire, le Bluetooth… sans qu’elle n’en sache jamais rien et… sans qu’elle touche un seul sou des trente milliards de dollars auxquels elle est aujourd’hui estimée !
Trop belle pour être géniale
Le machisme des militaires américains envers Hedy Lamarr est typique.

Il était impensable, pour eux, d’être une star sexy ET un grand esprit scientifique.

Le fait aggravant était que Hedy Lamarr était une scandaleuse. Femme à hommes, sa célébrité était indissociable de son premier film, tourné en Autriche dans les années 1930, Extase, dans lequel elle apparaissait nue.

Heureusement, l’ingénieur militaire dont je vous avais parlé plus haut reconnut un jour publiquement ce qu’il devait à la star oubliée.

Hedy Lamarr fut distinguée comme une pionnière de l’électronique lors d’une cérémonie publique américaine, en 1997… plus d’un demi-siècle après son invention et trois ans avant sa mort.

Depuis 2014, elle figure dans le prestigieux « Hall of fame » des inventeurs du monde entier.

Pourquoi je vous raconte cette histoire ?

Je suis fasciné par ces génies qui eurent « raison trop tôt », comme Galilée.

Mais ce qui me touche surtout, avec Hedy Lamarr, c’est qu’elle n’était pas une inventrice « professionnelle ».

C’était quelqu’un comme vous et moi. Elle avait une passion et, simplement, elle « s’y est mise ».

Elle s’est donné une mission jour après jour, de façon désintéressée, en apprenant tout par elle-même, dans le but d’être utile aux autres et en accord avec soi-même, et ça a marché.

Voilà un exemple qu’avec de la bonne volonté, on peut atteindre de nobles objectifs qui peuvent rendre d’immenses services à l’humanité.

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