A vous les éclaireurs de wimadame,
Cette semaine, une jeune femme remarquable vient de publier un livre sur la technologie. wimadame a choisi de la mettre en lumière, même sans l’avoir lu, par confiance dans ce que cette voix promet d’apporter. La technologie racontée par celle qui la comprend et qui la rêve.
Grammaticalement, en français, l’intelligence artificielle est féminine, donc l’IA se dit au féminin. Sur le fond la question est ouverte, une IA n’a pas de genre au sens propre, pas d’identité sexuée…
Karine Garcini : vingt ans d’audace dans un monde qui ne l’attendait pas
Il y a des trajectoires qui s’écrivent en ligne droite. Et il y a celles de Karine Garcini, faites de détours, de portes closes qu’on finit par ouvrir, et de cette obstination tranquille qui ne se voit pas sur un CV mais qui change tout.
Vingt ans. Vingt années passées dans l’univers de la Tech, un monde de code, de chiffres, de décisions rapides, un monde qui, pendant longtemps, s’est conjugué presque exclusivement au masculin. Karine n’y est pas entrée pour prouver quelque chose. Elle y est entrée parce que ça l’intéressait, parce qu’elle en avait l’ambition, et parce que personne ne lui avait dit qu’elle n’avait pas sa place. C’est peut-être là que commence vraiment son histoire : dans ce refus tranquille de se poser la question.
Les coulisses d’une carrière
Ce qu’elle raconte aujourd’hui dans notre tribune, n’a rien d’un discours “corporate” poli pour rassurer. C’est une mémoire à vif, faite d’anecdotes qui sentent le vécu : la table de réunion où l’on compte les visages qui nous ressemblent, et où l’on n’en trouve aucun. Le silence qui suit une idée qu’on vient de proposer, jusqu’à ce qu’un collègue la reformule, et qu’elle soit soudain “brillante”. Les portes qu’on pousse deux fois plus fort, simplement parce qu’on sait qu’on sera observée deux fois plus attentivement.
Il y a dans ce témoignage une honnêteté rare. Karine ne gomme pas les difficultés pour les transformer en success story bien lissée. Elle les nomme. Elle les traverse à voix haute, avec nous.
L’ambition comme boussole, la résilience comme socle
Ce qui frappe, dans son parcours, ce n’est pas seulement ce qu’elle a accompli aux postes de responsabilité, décisions stratégiques, années de leadership dans un secteur en perpétuelle accélération. C’est la matière première de ce parcours : une résilience discrète, jamais spectaculaire, qui se construit patiemment, décision après décision, désillusion après désillusion.
Le leadership de Karine Garcini ne ressemble pas à celui qu’on nous vend dans les livres de management. Il est fait d’écoute autant que de décision, de doute assumé autant que de conviction. Et c’est peut-être ça, la vraie leçon : on ne devient pas leader en écrasant ses fragilités, mais en apprenant à avancer avec elles.
L’équilibre, cette conquête silencieuse
Il y a aussi, dans son témoignage, ce que l’on aborde trop rarement : la question de l’équilibre. Comment tenir une carrière ambitieuse sans que tout le reste, la vie, les proches, soi-même, ne passe systématiquement en second plan ? Karine ne prétend pas avoir trouvé la formule magique. Elle raconte les ajustements, les renoncements choisis, les priorités redéfinies encore et encore. Une honnêteté qui vaut mieux que n’importe quel conseil clé en main.
Pourquoi ce témoignage compte
Dans un secteur qui continue de peiner à féminiser ses instances dirigeantes, où les chiffres progressent lentement quand les discours, eux, s’accélèrent, des récits comme celui de Karine Garcini ont une valeur qui dépasse l’anecdote individuelle. Ils donnent à voir, concrètement, ce que signifie tenir sa place, année après année, dans un environnement qui ne l’a pas conçue pour vous.
Ce n’est pas un manifeste. C’est mieux : un témoignage à hauteur d’humaine, qui donne envie, à celles qui hésitent encore, de pousser la porte à leur tour.
Belle lecture…
Martine à Paris
La parole à Karine Garcini
Directrice Générale France de Zendesk
Merci de vous présenter, votre entreprise porte votre vision, qui êtes-vous vraiment ?
Karine Garcini, Directrice Générale France de Zendesk. Nous accompagnons les entreprises sur les enjeux de l’IA appliquée à l’expérience client et aux services aux collaborateurs. Au-delà du titre, je suis surtout quelqu’un de curieux, qui n’a jamais cessé d’apprendre et qui croit profondément que la technologie doit rester au service de l’humain, pas l’inverse.
Quel a été le déclic qui vous a donné envie d’entreprendre ?
Mon engagement pour les femmes dans la Tech. J’ai écrit Confidences de femmes dans la Tech pour partager mon histoire et celles des autres : les doutes, les plafonds de verre, les petites victoires. Écrire ce livre m’a fait comprendre que raconter son parcours, c’est déjà ouvrir une porte à celles qui viennent derrière.
Malgré vos doutes, vos peurs, vous avancez. Quel talent vous a permis de réussir ?
La résilience. Apprendre de ses erreurs plutôt que de les ruminer. Le mentorat aussi, dans les deux sens : être accompagnée, puis accompagner à mon tour. Et s’inspirer des leaders qu’on admire. Toujours apprendre, observer, lire.
Votre rêve le plus fou
Reprendre mes études, en histoire des religions. Repartir de zéro, redevenir élève, comprendre ce qui structure les civilisations depuis des millénaires. Un contrepoint total à mon quotidien, et c’est peut-être exactement pour ça que ça me fait rêver.
Votre coup de cœur
Cannes et ses environs. En quelques kilomètres on a la mer, la montagne et la campagne. C’est là que je me ressource.
Votre coup de gueule
Les écarts de salaire entre les femmes et les hommes, qui persistent malgré tous les discours. Les féminicides. Et une école encore beaucoup trop fermée aux enfants en situation de handicap. Sur ces trois sujets, on avance bien trop lentement.
Vos trois mots préférés
Merci. Transmission. Liberté.
Ce que vous aimeriez changer, simplifier ou faire évoluer dans l’entrepreneuriat
Les écoles doivent s’adapter au monde réel pour aider nos jeunes à entreprendre davantage. Cela passe par des cours de management et d’entrepreneuriat dès le plus jeune âge : on apprend à passer des examens, rarement à porter un projet, à convaincre ou à gérer un échec. Et il faut aider les femmes à s’orienter vers les carrières scientifiques et tech, encore trop peu choisies en France. C’est là que se jouent les métiers de demain, et elles ne peuvent pas en être absentes.
Quel regard portez-vous en 2027, quelle idée à un jeune entrepreneur qui démarre ?
Connaître l’IA et savoir s’en servir avec habileté. Ce n’est plus une option. Le vrai différenciant ne sera pas l’outil, mais ce qu’on en fait : le discernement, la capacité à poser les bonnes questions.
Qu’attendez-vous d’un réseau ? Comment le cultivez-vous ?
L’entraide, avant tout. Grandir et échanger. La sororité. Un réseau se cultive en donnant d’abord : du temps, une mise en relation, un conseil, sans calcul de retour.
Quelle personne a particulièrement compté pour vous ?
Plusieurs rencontres, plutôt qu’une seule. Des managers et des personnes qui ont cru en moi, parfois avant que j’y croie moi-même. C’est souvent ça, le déclic : quelqu’un qui vous voit capable.
Quelles questions auriez-vous aimé que je vous pose ?
« Qu’est-ce que vous auriez dit à la Karine de 25 ans ? » Que le syndrome de l’imposteur ne disparaît pas, mais qu’on apprend à avancer avec, et que ça ne l’a jamais empêchée d’y arriver.
Si rêve réalisé, aimeriez-vous participer à la création du cercle des lumières ?
Oui, avec grand plaisir.
Un mot pour Wimadame
Osez, mesdames. Ne vous mettez pas de barrières, les autres s’en chargeront bien assez.
