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La parole cette semaine à Robert Papin : Faut-il se séparer des hommes et des femmes de plus de 55 ans ? 

Robert Papin est professeur émérite d’HEC Paris. Il a créé HEC-Entrepreneurs avec une pédagogie dont la business-school d’Harvard s’est inspirée. Il a été Research Professor à Stanford en Californie. Il a publié des bestsellers tels « L’Art de Diriger » et créé plusieurs entreprises.

Faut-il se séparer des hommes et des femmes de plus de 55 ans ?

« Comment va le monde, Môssieur ? » « Il tourne, Môssieur ». Cette réplique, tirée d’une pièce de Jean-François Billetdoux, ravissait les Français dans les années 60. Aujourd’hui, vous ajouteriez volontiers : « Môssieur, il tourne de plus en plus vite et c’est pourquoi la vie est devenue si compliquée ».

Si compliquée ? Certes oui, sauf si vous avez accepté l’idée que votre succès professionnel reposera de plus en plus sur votre capacité à lutter contre l’engourdissement qui, insidieusement, vous coupe de notre environnement et vous empêche ainsi de détecter puis d’exploiter les opportunités. La clé de notre réussite ? votre curiosité, votre imagination et votre agilité intellectuelle.

Ces qualités-là peuvent se perdre à 20 ans car le système éducatif se charge bien souvent de les anesthésier. Elles peuvent également se régénérer ou se développer à n’importe quel âge. C’est pourquoi il vous a sans doute été donné de rencontrer des hommes et des femmes de cinquante ans qui étaient devenus ou redevenus de grands dirigeants.

Hélas ! dans notre pays nous considérons trop souvent que les gens de cinquante ans ont fait leur temps. Et dans notre pays nous clouons au pilori ceux qui ont échoué considérant qu’ils échoueront à nouveau si nous leur confions notre argent.

Quel gâchis pour notre économie !

Beaucoup de dirigeants sont âgés de plus de cinquante ans et ils réussissent merveilleusement à développer leur curiosité, leur imagination et leur agilité mentale. Plus de la moitié des hommes et femmes mis en retraite anticipée possèdent également ces qualités qui leur permettraient d’aider leurs patrons à relever de nouveaux défis. En se débarrassant des « vieux compagnons » les entreprises se privent donc d’un capital parfois inestimable mais elles risquent aussi de démotiver ceux qui vont rester, et notamment l’encadrement. Comment peut-on en effet s’attacher à une entreprise qui pourrait demain vous remplacer par des personnes plus jeunes et moins bien payées ?

Hélas ! l’importance excessive des prélèvements sociaux (et parfois aussi le refus de certains collaborateurs d’abandonner les avantages acquis) contraignent les entreprises à comprimer leur masse salariale pour résister à une concurrence internationale exacerbée par la crise économique.

Mais que faire pour éviter que les nécessités à court terme aient des répercussions néfastes à moyen terme ? Il ne m’appartient pas de suggérer une exonération des charges sociales pour les personnes de plus de 55 ans. Elles n’aimeraient guère qu’on les considère comme des assistées. Je me contenterai d’inciter les dirigeant à bien réfléchir avant de s’en débarrasser et je me contenterai aussi de dire à ceux « qui ont fait leur temps » : demandez (ou exigez) de ceux auxquels vous avez tant donné qu’ils vous aident à prendre un nouveau départ. La retraite ne doit pas être considérée par vous comme la fin de votre vie professionnelle mais comme une opportunité pour relever de nouveaux défis. Et pour mettre toutes les chances de votre côté, cultivez votre curiosité, éviter de tuer votre imagination et préservez votre agilité intellectuelle en maintenant votre esprit en éveil. Si vous procédez ainsi vous aurez peut-être devant vous 15 ans, 20 ans pour vous « éclater ». Et si vous échouez, recommencez, recommencez jusqu’à ce que ça marche. Et si ça ne marche pas, soyez fiers d’avoir osé.