Edito Média

Marie- Claire Capobianco

Marie Claire Capobianco
Ecrit par ABBOU Estelle

La Self Made Woman de BNP Paribas

Elégante et sereine. Elle est aussi une des incarnations de l’ascenseur social français. Quasi autodidacte, avec pour seul diplôme le bac, obtenu à seize ans tout de même, elle tient aujourd’hui les manettes du navire BNP Paribas, banque de détail en France. Elle succède à deux polytechniciens, Jean Laurent Bonnafé et François Villeroy de Galhau, respectivement actuels Directeur Général et Directeur Général Délégué de la même banque.

Enfant du sud, elle se destinait d’avantage à la psychanalyse et à l’équitation plutôt qu’à la banque. Mais son envie d’indépendance financière et un premier mariage à dix-neuf ans stoppent son parcours estudiantin. En 1977, direction BNP Marseille, au sein de la filière « entreprises », où finalement elle constatera qu’il est toujours affaire de contact humain.

Elle continue, elle ne s’arrête jamais, elle veut gravir les échelons. Ceux-ci la conduiront à l’inspection générale de la banque en tant qu’inspecteur puis chef de mission. Elle prend ensuite la responsabilité du marché des Particuliers et des Professionnels dans la région de Nantes, puis sera nommée à la direction du groupe d’agences de Toulon et d’Evry. En 2002, elle se voit confier la direction de la Banque Privée à l’échelle nationale.

Dans le monde un peu austère des banques, Marie Claire Capobianco détonne par son éclat, sa passion, sa détermination et son aptitude à vouloir gagner des victoires.

Marie Claire Capobianco

Née au sein d’une famille bourgeoise, sa mère institutrice l’aide à développer son attrait pour l’intérêt collectif. Sur la base d’une envie profonde d’aider les autres à mieux vivre et à trouver leurs directions, elle devient une banquière hors pair. Elle assume chacun de ses traits de caractère jusqu’à la blancheur naturelle de sa chevelure, comme un hommage au temps qui passe en faveur de son épanouissement. La preuve par neuf : Copabianco signifie « tête blanche » en corse.

Une tête bien faite déterminée à s’imposer dans un milieu d’hommes grâce à une démarche d’entrepreneur à l’intérieur d’une entreprise, qu’elle n’a certes pas créée mais dans laquelle « elle a toujours fonctionné comme si c’était sa propre société ».

Le pouvoir au féminin

A la fois issue du terrain, élégante Directrice des réseaux France et première femme membre du comité exécutif de la BNP Paribas, elle dirige en 2013 plus de 35 000 personnes. Dans la vie de la BNP Paribas, peu de femmes ont tenu et tiennent des postes à hautes fonctions. Femme alibi ? Impossible. Elle est là où elle est parce que sa ténacité l’a mené là. Elle voit grand très tôt et durant toutes les étapes de sa carrière. Que cela soit à ses tous débuts, au contact de jeunes couples venus solliciter un prêt immobilier, qu’au sein de l’inspection, intégrée suite à la proposition d’une femme qui lui affirme à l’époque « promis, vous ne voyagerez pas trop ». L’inverse se produit, le poste l’oblige à faire le tour du monde et à accumuler de longues heures de décalage horaire et de fatigue. Un bouleversement certes, mais un heureux événement pour cette femme qui a toujours voulu être « la meilleure ». Y compris durant la fusion entre BNP et Paribas où elle fera preuve de deux atouts pour un entrepreneur : convaincre et agir.

Par son parcours, elle attire forcément les arcanes du pouvoir patronal français. Ainsi, le 3 juillet 2013, suite à l’élection de Pierre Gattaz à la tête du MEDEF, elle accepte d’intégrer le cercle restreint du comité exécutif, aux côtés de neuf autres personnalités qualifiées (Maxime AIACH, fondateur du groupe Acadomia ; Anne-Marie COUDERC, Administratrice de Plastic Omnium et de Véolia Transdev ; Thibault LANXADE Président Directeur Général d’Aqoba, Vice Président de l’AFEPAM ; Jean-Pierre LETARTRE Président d’Ernst&Young en France, CEO d’Ernst&Young France, Luxembourg et Maghreb, Vice-Président du Département des Marchés Financiers de la Compagnie Nationale des Commissaires aux Comptes (CNCC) ; Christian NIBOUREL Président d’Accenture France Benelux, Président du GPS (Groupement des Professions de Services) ; Jean-François PILLIARD Délégué général de l’UIMM – Union des Industries et Métiers de la Métallurgie ; Florence POIVEY Présidente d’UNION PLASTIC et Présidente de la Fédération de la Plasturgie ; Claude TENDIL Président Directeur Général de Generali, président d’Europ Assistance et vice-président de la Fédération française des sociétés d’assurances (FFSA) et Jean- Claude VOLOT, Président de Dedienne Aérospace.

Féminine et féministe

Rien n’est aussi contagieux que la passion et elle se passionne pour l’avenir des femmes qui ont du talent et de l’ambition. Selon elle, « quand une femme démarre, elle doit voir grand » car la croissance peut et doit se conjuguer au féminin.

Sa détermination qui transperce son regard clair et directif inventerait elle une nouvelle forme de féminisme dans le monde entrepreneurial ? Il est logique de le penser. En 2008, elle constitue un partenariat avec Dunya Bouhacène, fondatrice associée du Women Equity, et donne vie au « Club des femmes entrepreneurs ».

« Il était temps d’ouvrir la voie à une meilleure visibilité des entreprises de croissance dirigées par des femmes ». Ce partenariat se concrétise par le biais d’ateliers, de rencontres professionnelles, avec comme premier thème, les principes de bonne gouvernance. Elle se rapproche également de Paris Pionnière, de Women Business via le mentoring insufflé par Martine Liautaud et d’un incubateur de projets féminins pour accompagner durant trois ans des femmes qui entreprennent. Récemment elle s’attèle à tisser des liens avec le Ministère des droits de la femme à travers l’action de Najat Valaud Belkacem.

Force est de constater que les idées fusent en Europe et que la culture de l’entrepreneuriat des femmes en France progresse doucement. Les femmes font finalement peu appel au crédit bancaire. Chez BNP Paribas, la direction sait que les entrepreneurs sont l’avenir du pays, et que les femmes aussi vont avoir leurs mots à dire.

Alors pour elles, un conseil ? «  Avoir confiance en vous, voir grand et surtout travailler beaucoup. Vous trouverez votre énergie à apprécier ce que vous réalisez de bien ». Encore discrète dans les médias, cette femme va faire parler d’elle dans peu de temps. Son visage et sa belle crinière blanche  s’imposeront dans l’imaginaire des femmes françaises qui entreprennent leur vie. Avec conviction, elle a sa façon à elle d’écouter,  avec la même attention neutre et bienveillante d’une psychanalyste.

L’interview touche à sa fin et il est tant de parler de l’image de la banque en France. Une question qui fâche ? Oui et non. Car selon elle, « il reste encore beaucoup à faire pour l’image des banques ».

Dans un monde ou l’utilité et l’image des banques sont de plus en plus contestées, elle le sait « il va nous falloir expliquer et avoir plus de pédagogie au sein de la banque et travailler sur notre image. Notre rôle consiste à accompagner non seulement les entreprises, mais également les couples ».

Il lui a fallu trente années pour s’imposer comme l’une des rares femmes en mesure de conquérir le sommet, telle une ambition suprême.

Femme de conviction, celle qui ne doit pas grand-chose aux diplômes, a toujours refusé la faiblesse. Sa réussite n’est pas un hasard et elle avoue sans peine, ne jamais avoir ressenti le fait d’être une femme comme un handicap. Comment est ce possible ? Et bien, elle a toujours désiré être « Numéro 1 » tout en assumant  ses forces et ses faiblesses. Une phrase simple, à méditer.

L’interview est finie. Son chauffeur l’attend. Demain matin, comme chaque matin, elle quittera les Invalides,  traversera le pont Alexandre 3 et en admirant Paris matinal, elle entretiendra par l’action un de ses souhaits les plus précieux : « rester heureuse d’être là où elle a trouvé son bonheur et sa place ».

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