Coup de Cœur Média

Michelle Jean Baptiste, billet d’humeur dépêche, chronique 1

Ecrit par Martine Abbou

ET SI ON PARLAIT DU HARCELEMENT BANAL EN ENTREPRISE ?

Réflexions à l’abri des regards ou en public, mails ou SMS équivoques, insultes, tentatives plus ou moins réussies de déstabiliser le collègue, l’employé, le prestataire de service, le sous-traitant pris à la gorge par le « lien-pression » économique. Volonté de faire rentrer dans le rang (et quel rang !) toute personne souhaitant garder sa part d’humanité, de créativité et d’intégrité et d’en faire un punchingball, un souffre-douleur, un adversaire ou un nouvel esclave. Les soldats de la guerre économique n’en peuvent plus et déraillent les uns après les autres, chacun à leur manière, choisissant le rôle du bourreau ou celui de la victime. Manger ou être mangé ; telle est la loi de la jungle. Mais tous les coups (même les plus écœurants) sont-ils vraiment permis ? On dirait bien que oui et cela n’arrive pas qu’aux autres. Une telle se fait traiter par son Boss en rouge et gras dans un mail envoyé tard le soir de « petit cerveau », telle autre subie les sautes d’humeur de sa N+1 avec interdiction de broncher, l’autre pleure dans sa voiture après s’être fait désavoué publiquement en conseil d’administration. Les noms d’oiseaux fusent. Pigeon, poule, bécasse : comme cela sonne bien n’est-ce pas, surtout lorsque c’est dit en public. Mais ne faut-il pas avoir un peu plus d’humour ? Ayons les idées larges mais alors extra larges, tailles XXL, de manière à encore mieux banaliser le dénigrement, la violence verbale, la mise au placard, les agressions morales et physiques quotidiennes. Et ne parlons même pas du harcèlement sexuel ordinaire. Gare à celles qui préfèrent les relations verticales dans le monde professionnel ! Elles auront à en payer le prix cash et sans préavis.

Et autour ? Mais que se passe-t-il autour ? Que dit-on ? Que fait-on ? Et bien rien. Rien du tout.
Victime du harcèlement vous l’avez bien constaté à vos dépens. Tout le monde se tait. Le silence est de rigueur. Le silence pervers, le silence gêné, le silence crispé ou le silence mortifère mais dans tous les cas le silence complice. Les visages deviennent blêmes ou rouges cramoisis, les yeux se baissent ou se détournent mais aucun mot ne sort, aucun soutien réel, aucune prise de position n’arrive permettant d’arrêter la mise à mort de la bête. Des choses se disent en off mais personne ne bouge et le carnage peut continuer. On pense que cela va passer et si cela ne passe pas et bien tant pis, car de toute façon on n’a pas le choix et on tient à son poste, à sa paye, au paiement de ses factures, de ses prêts bancaires, à ce que l’on pense être sa réussite ou son bonheur. Sur fond de crise planétaire, on ne va pas jouer les risque-tout quand même et on préfère jouer à Candy Crush sur son smartphone que de regarder la réalité en face et d’en devenir acteur. Alors quelles solutions avons-nous ? Quelles sont les issues possibles ? Résister, attaquer, utiliser les armes acquises depuis peu et de haute lutte grâce au droit bien sûr, mais pas seulement, car cela n’est pas suffisant.

La première issue, indispensable pour envisager toutes les autres et pour sortir de cet enfer est de rompre le silence. Alors mesdames, mais aussi messieurs qui êtes également concernés, ne vous laissez pas faire, ne laisser pas dire à vos dépens et derrière votre dos et osez rompre ce cercle infernal car les pervers manipulateurs (c’est leur nom scientifique) se nourrissent du silence et de la solitude dans laquelle ils vous plongent avec violence et délectation. Et puis, envers et contre tout, contre vents et marées (vous connaissez ma nature profondément optimiste), soyez « vous », restez positifs, créatifs, dignes et humains et sachez faire de cette « expérience » une opportunité car comme le disait si bien Donald Trump « ce qui sépare les gagnants des perdants est de savoir comment une personne réagit à chaque nouvelle tournure du destin.

Chronique rédigée par Michelle Jean Baptiste