Entrepreneurs sans frontières
À vous chers éclaireurs,
Il y a des rentrées qui ressemblent aux autres, et puis il y a celle-ci.
Celle où wimadame ouvre sa toute première Tribune d’expression, un espace digital où chacune, chacun, vient déposer non pas un CV, mais un rêve, une réalité aussi. Car c’est bien de cela qu’il s’agit depuis toujours au sein de wimadame, donner une voix à ce qui, en nous, refuse de se taire.
Bientôt, les beaux projets demandent du temps, la naissance du Cercle des Lumières. Un cercle, parce qu’aucune n’y est seule. Des lumières, parce que chacune porte la sienne, parfois vacillante, parfois éclatante, mais jamais éteinte. Entourées d’énergie, portées les unes par les autres, nous avançons désormais en constellation plutôt qu’en solitaire.
Devenir entrepreneur de sa vie, et ouvrir cette Tribune, un thème s’est imposé de lui-même : les entrepreneurs sans frontières. Ceux et celles qui, un jour, ont plié une vie dans une valise.
On dit souvent qu’ils partent. On devrait dire qu’ils répondent à un appel. Certains y voient une aventure, un rêve, l’envie de se mesurer à un ailleurs qu’ils ne connaissent pas encore, un désir d’aventure. D’autres en font un test, une manière de vérifier de quoi ils sont capables une fois les repères retirés. D’autres encore y cherchent tout simplement un espace où enfin respirer, où leurs idées peuvent grandir sans être rognées. Autant de chemins, autant de courages, car partir n’est jamais une fuite : c’est toujours, d’une façon ou d’une autre, une conquête.
Et puis il y a des histoires qui dépassent les mots. Celle de Florence Turcq en fait partie.
Je l’ai connue petite fille, et je la retrouve aujourd’hui femme debout, ayant traversé ce que peu auraient tenu. Bravo, Florence. Bravo pour ta ténacité, cette manière bien à toi de ne jamais rien lâcher. Bravo pour tes rêves, qui ont continué d’exister même quand tout semblait vouloir les éteindre.
On me demande parfois si elle reviendra un jour dans son pays. Et si la vraie réponse était plus belle que la question ? Et si, à force d’avoir tant traversé, tant construit, tant aimé ailleurs, son pays était devenu le monde ?
C’est peut-être cela, au fond, être entrepreneur sans frontières : ne plus appartenir à un lieu, mais à une trajectoire.
Alors à toutes celles et tous ceux qui commencent cette rentrée avec un projet dans les mains et une carte du monde dans le cœur cette Tribune est la vôtre. Écrivez-y vos départs, vos doutes, vos victoires.
Avec cœur et passion, je vous souhaite une très belle rentrée, une année lumineuse, et que la lumière, celle du Cercle wimadame, celle de vos rêves, rayonne dans chacune de vos vies.
Bienvenue dans la première Tribune wimadame.
Avec admiration, bonne chance Florence.
Et à vous tous
Martine à Paris
La parole à Florence Turcq
Fondatrice d’Across Partners | Conseil en développement international & leadership transculturel | Executive Coach
Merci de vous présenter. Votre entreprise porte votre vision : qui êtes-vous vraiment ?
Je suis une dirigeante internationale devenue entrepreneure après plus de 17 ans passés à développer des activités, des clients et des équipes multiculturelles en Europe, aux États-Unis et en Asie.
Franco-allemande, élevée entre la France, la Belgique et l’Italie, j’ai toujours vécu « across » : entre les langues, les marchés, les cultures et les façons de penser. Ma carrière m’a ensuite menée de New York à Londres, Singapour, Bangkok et Tokyo, où j’ai travaillé avec des entreprises et des marques internationales.
J’ai créé Across Partners avec une conviction simple : travailler à l’international n’est jamais uniquement une question de stratégie ou de développement commercial. C’est aussi une question de compréhension des marchés, des cultures et surtout des personnes.
J’aide les dirigeants et les entreprises à obtenir des résultats dans des environnements internationaux complexes, sans perdre de vue les personnes qui rendent ces résultats possibles.
Aujourd’hui, j’accompagne aussi bien les entreprises qui souhaitent se développer sur de nouveaux marchés que celles qui travaillent déjà à l’international, collaborent avec des partenaires étrangers ou pilotent des équipes réparties dans plusieurs pays — avec un regard particulier sur les ponts entre l’Europe et l’Asie.
J’interviens là où stratégie, opérations et humain se rencontrent : développement commercial et partenariats, entrée sur de nouveaux marchés, fonctionnement d’équipes multiculturelles, leadership international, transformation et accompagnement des dirigeants.
À l’heure où l’intelligence artificielle transforme profondément nos entreprises, je suis convaincue que notre intelligence humaine, émotionnelle et transculturelle devient, paradoxalement, encore plus stratégique.
Quel a été le déclic qui vous a donné envie d’entreprendre ? Où en êtes-vous aujourd’hui dans votre entreprise ?
Mon parcours n’a jamais été linéaire. Et c’est probablement ce qui fait aujourd’hui sa force et sa richesse.
Pendant longtemps, on m’a pourtant expliqué qu’il fallait choisir. Se spécialiser. Se concentrer sur une seule chose. Construire une trajectoire lisible.
Cela ne m’a jamais vraiment ressemblé.
Et surtout, j’ai toujours refusé l’idée qu’il faudrait choisir entre le business et l’humain. Dans ma carrière, j’ai souvent vu ces deux dimensions traitées séparément alors que, pour moi, elles sont indissociables.
Pendant plus de 17 ans, j’ai évolué dans les métiers de la publicité, de la production et du business international. J’ai commencé dans la production de films et de publicité, puis travaillé côté clients et développement commercial, piloté des opérations et des équipes, avant de prendre des responsabilités de direction générale et de participer au développement d’une entreprise en Asie-Pacifique.
Parce que rien de ce qui nous entoure n’est linéaire non plus. Les marchés changent, les technologies bouleversent nos métiers, la géopolitique redessine les relations économiques, les générations évoluent, les attentes envers le travail et le leadership aussi.
À un moment, une question assez simple s’est donc imposée : après avoir passé autant d’années à construire des projets, des équipes et des activités pour d’autres, qu’est-ce que j’aurais envie de construire si j’étais libre de réunir tout ce en quoi je crois ?
Across Partners est né de cette envie.
Réunir stratégie et humain. Business et leadership. Europe et Asie. Expérience opérationnelle, coaching, créativité et intelligence émotionnelle.
Et surtout me donner la liberté de me concentrer sur les problèmes auxquels je crois pouvoir réellement apporter quelque chose.
Aujourd’hui, tout est encore en construction. Je développe mes premières collaborations, rencontre des dirigeants et des entreprises, crée des partenariats, confronte mes idées aux besoins du marché et affine progressivement le modèle.
Il y a évidemment de l’excitation, mais aussi du doute et une certaine vulnérabilité à accepter quand on recommence.
Après des années dans de grandes organisations, entreprendre vous oblige à redevenir débutante sur beaucoup de sujets. Mais cela vous rappelle aussi que toutes les vies professionnelles précédentes n’ont pas disparu : elles deviennent votre matière première.
Malgré vos doutes et vos peurs, vous avancez. Quel talent, quelle qualité vous a vraiment permis d’avancer et de réussir ?
Je dirais : agilité, résilience et créativité.
Je me suis souvent décrite comme un caméléon.
Quand on grandit dans plusieurs pays, qu’on change ensuite régulièrement de ville, de marché, de culture et d’environnement professionnel, on développe une capacité presque instinctive à observer très vite, comprendre les codes et agir.
Il faut reconstruire. Un réseau. Des habitudes. Des amitiés. Des repères. Une légitimité professionnelle parfois.
Puis recommencer ailleurs.
Je pense même dans plusieurs langues. Une conversation qui mélange français, anglais, italien ou espagnol ne me demande presque aucun effort : mon cerveau passe naturellement de l’une à l’autre. Et je crois que cette manière de naviguer constamment entre plusieurs cadres de référence a profondément façonné ma façon de travailler.
Elle m’a appris qu’une même situation peut être comprise de plusieurs façons — et qu’il faut parfois changer de cadre plutôt que chercher à imposer sa propre lecture.
Cette agilité existe aussi dans mon parcours professionnel. Je suis passée de la production et d’un univers très créatif à la gestion de clients, au développement commercial, aux opérations, au management d’équipes puis à la direction d’entreprise.
À chaque fois, il a fallu apprendre rapidement, transférer ce que je savais déjà et accepter de ne plus être tout à fait experte.
C’est là que la résilience entre en jeu.
Et puis il y a la créativité. Elle reste probablement le fil rouge de toutes mes vies professionnelles. Avant la publicité, il y avait déjà le théâtre et la photographie. Aujourd’hui encore, ce qui me stimule le plus est de partir d’un problème, sentir ce qu’une situation ou un groupe demande, puis imaginer une réponse qui lui corresponde réellement.
Cela peut sembler un peu facile à dire, mais je le constate de plus en plus : plus on est aligné avec ce que l’on fait, plus la créativité revient naturellement.
Votre rêve le plus fou ?
Créer une entreprise véritablement internationale et sans frontières, capable de réunir les bonnes personnes autour des bons problèmes, où qu’elles soient dans le monde.
J’aimerais développer davantage de ponts entre l’Europe et l’Asie — deux régions qui ont énormément à apprendre l’une de l’autre et qui continuent pourtant parfois à se comprendre assez mal.
Et puis j’ai un autre rêve : créer des espaces où des dirigeants peuvent réellement sortir du rythme de l’entreprise pour penser autrement. Des rencontres et des retraites mêlant stratégie, leadership, intelligence collective, cultures et reconnexion à soi.
Mais derrière Across Partners, il y a peut-être une ambition encore plus personnelle.
J’aimerais participer, à mon échelle, à une autre manière de penser le travail.
Une manière où l’on ne soit plus obligé de rentrer toute une carrière dans une seule case. Où l’on puisse apprendre, évoluer, reconstruire, combiner plusieurs compétences et plusieurs vies professionnelles sans considérer cela comme un manque de cohérence.
Parce que le monde va continuer à changer. Nos métiers aussi. Nous allons probablement devoir nous réinventer plusieurs fois.
Alors mon rêve le plus fou serait peut-être de montrer que l’on peut construire sans forcément choisir entre ambition et liberté, performance et humanité, Europe et Asie, business et sens — et continuer à se réinventer aussi souvent que nécessaire.
Votre coup de cœur ?
Les histoires des gens.
J’adore découvrir qui se cache derrière une fonction, un titre ou un parcours professionnel.
Peut-être parce qu’en vivant à l’étranger, j’ai rencontré énormément de personnes que je n’aurais probablement jamais croisées autrement. Des dirigeants, des entrepreneurs, des artistes, des diplomates, des personnes arrivées là par des chemins complètement improbables.
Ce sont souvent ces conversations-là qui m’ont le plus appris : comprendre d’où quelqu’un vient, ce qui l’a construit, ce qui l’a fait changer de direction.
Une conversation autour d’un café à Paris, Bangkok, Tokyo, New York, Hoi An ou Jakarta peut parfois ouvrir davantage de perspectives qu’une cinquantaine de pages d’étude.
Votre coup de gueule ?
J’en ai deux !
Le premier : penser qu’internationaliser une activité consiste simplement à reproduire ailleurs ce qui fonctionne chez soi.
« L’Asie » n’est pas un marché homogène, pas plus que « l’Europe ». Le Japon, l’Indonésie, Singapour, la Thaïlande ou la Chine ont des cultures, des comportements, des façons de travailler et des attentes radicalement différents. Et en Europe, lancer exactement la même approche en France, en Allemagne, en Italie ou en Espagne peut produire des résultats très différents.
Une stratégie globale qui ne laisse aucune place à la réalité locale finit souvent par coûter beaucoup plus cher que prévu.
Mon deuxième coup de gueule concerne l’expatriation.
Les entreprises peuvent investir des sommes considérables pour envoyer un dirigeant ou un collaborateur à plusieurs milliers de kilomètres, puis consacrer étonnamment peu de temps à préparer cette personne — et parfois sa famille ou l’équipe qui va l’accueillir — aux différences culturelles, managériales et humaines auxquelles elle va réellement être confrontée.
Une expatriation mal préparée peut avoir un coût humain énorme et un très mauvais retour sur investissement.
Derrière ces deux sujets, il y a finalement la même conviction : l’humain et le culturel ne sont pas des sujets périphériques à traiter après la stratégie. Ils font partie de la stratégie.
Vos trois mots préférés…
Élan. Across. Daijōbu.
Élan, pour le mouvement, l’envie d’aller vers quelque chose, de créer, d’oser et de recommencer.
Across, parce que c’est mon histoire : traverser les cultures, les métiers, les marchés et les façons de penser, et créer des ponts entre eux.
Et daijōbu (), un mot japonais que j’adore parce qu’il peut prendre des sens très différents selon le contexte, l’intonation ou même la manière dont il est exprimé. Il peut rassurer, dire que tout va bien, accepter… mais aussi parfois décliner.
Pour moi, il raconte parfaitement quelque chose que toutes ces années à l’international m’ont appris : comprendre quelqu’un ne consiste pas seulement à comprendre les mots qu’il prononce. Il faut aussi savoir entendre tout ce qui se passe autour — et parfois tout ce qui n’est pas dit.
Qu’aimeriez-vous changer, simplifier ou faire évoluer dans l’entrepreneuriat ?
J’aimerais peut-être commencer par faire évoluer le regard que nous portons encore sur l’indépendance.
Je viens d’une génération à laquelle on a beaucoup parlé de sécurité professionnelle : un bon poste, un CDI, un salaire qui tombe tous les mois, une progression cohérente.
Et cette sécurité est évidemment précieuse.
Mais la question que je me pose aujourd’hui est : la sécurité, à quel prix ?
Avoir un salaire régulier est rassurant. Mais rester longtemps dans une manière de travailler, une organisation ou un rôle qui n’est plus aligné avec ce que l’on souhaite construire a aussi un coût — simplement moins visible.
Je ne crois pas pour autant au récit romantique de l’entrepreneur libre qui abandonne tout et vit enfin sa meilleure vie !
Créer son activité apporte d’autres formes d’incertitude, de responsabilité et de vulnérabilité.
Mais cela permet aussi de redéfinir les règles.
Et dans ce nouveau monde, je crois énormément aux écosystèmes.
L’intelligence artificielle permet déjà à de petites structures d’accéder à des capacités autrefois réservées à de grandes organisations. En parallèle, les problématiques auxquelles les entreprises sont confrontées deviennent de plus en plus complexes : nouveaux marchés, nouvelles technologies, équipes distribuées, changements générationnels, transformation des modèles de travail.
Je ne crois donc ni à l’individu qui sait tout, ni à l’entreprise qui doit tout posséder en interne.
C’est aussi volontairement que j’ai appelé mon entreprise Across Partners : réunir autour d’un problème les bonnes expériences, les bonnes expertises et les bonnes personnes.
Dans un monde où l’accès à l’information devient presque infini, savoir poser le bon diagnostic, comprendre le contexte humain et savoir avec qui collaborer devient encore plus précieux.
Quel regard portez-vous sur 2027 ? Quelle idée donneriez-vous à un jeune entrepreneur qui démarre ?
Nous vivons probablement l’une des transformations les plus rapides de notre manière de travailler.
L’intelligence artificielle va rendre accessibles à chacun des capacités qui nécessitaient auparavant beaucoup plus de temps, de ressources ou d’expertise. Pour un entrepreneur qui démarre, c’est une opportunité extraordinaire.
Mais plus la technologie devient puissante, plus certaines qualités profondément humaines vont prendre de la valeur : le jugement, la créativité, la curiosité, l’empathie, la capacité à écouter, à comprendre un contexte, à créer de la confiance et à fédérer des personnes.
Mon conseil serait donc : apprenez à travailler avec l’intelligence artificielle, mais travaillez tout autant votre intelligence humaine et émotionnelle.
Et par « travailler », j’entends réellement faire le travail sur soi.
Apprendre à se connaître. Comprendre ses propres biais. Développer son écoute. Accepter de ne pas toujours avoir raison. Cultiver l’humilité et la capacité à apprendre de personnes qui pensent différemment.
Et surtout, n’attendez pas d’avoir tout compris pour commencer.
Parlez à vos futurs clients. Écoutez. Testez. Ajustez. Networkez.
C’est d’ailleurs un conseil que je dois encore régulièrement me rappeler à moi-même !
Qu’attendez-vous d’un réseau ? Comment le cultivez-vous ?
J’attends d’un réseau des relations, pas simplement des contacts.
Pour moi, faire du réseau commence par une chose très simple : rencontrer des gens. Pas collectionner des cartes de visite ni chercher immédiatement une opportunité. Rencontrer vraiment : comprendre qui ils sont au-delà de leur titre ou de leur fonction, d’où ils viennent, le bagage et le contexte qu’ils apportent, leur énergie, leur état d’esprit, et ce qui peut expliquer leur manière d’être dans une relation de travail.
C’est aussi ce qui permet de mieux travailler ensemble. Je pense par exemple à une cliente japonaise très senior, dans un environnement particulièrement exigeant. Sa manière de travailler pouvait être perçue comme difficile ou très dure. Mais lorsqu’on comprend la pression qu’il peut y avoir, pour une femme, à atteindre ce niveau de responsabilité dans cet environnement, et le peu de droit à l’erreur que cela suppose, on ne regarde plus son exigence de la même façon. On comprend mieux le contexte humain derrière le comportement. Et c’est souvent là que les liens deviennent plus justes.
J’ai beaucoup développé cette manière de créer des relations lorsque je vivais aux États-Unis, puis encore davantage en Asie. Dans les communautés internationales et expatriées, il existe souvent une grande ouverture : il est assez naturel de contacter quelqu’un que l’on ne connaît pas encore et de lui proposer un café simplement pour échanger des expériences.
J’ai ainsi rencontré au fil des années des dirigeants, entrepreneurs et professionnels issus d’univers extrêmement différents — notamment à travers des réseaux comme French Founders — simplement pour discuter, comprendre leur métier, confronter des idées ou mettre des personnes en relation.
Cela m’a énormément nourrie professionnellement et personnellement. Ces conversations m’ont ouverte à de nouveaux secteurs, de nouvelles manières de travailler et de nouveaux chemins possibles. Elles ont d’ailleurs contribué, petit à petit, à ma propre réflexion sur la suite de ma carrière et à la création d’Across Partners.
Ce que j’aime dans le réseau, ce n’est donc pas uniquement ce qu’il peut produire. C’est apprendre, rencontrer, comprendre. Créer un lien parce qu’il y a une curiosité sincère et une envie de connecter avec quelqu’un. Parfois, cela ouvre ensuite des liens business. Parfois non. Et ce n’est pas grave.
Je crois profondément à la générosité dans les réseaux : connecter deux personnes qui devraient se connaître, partager une opportunité, recommander quelqu’un, donner du temps sans immédiatement chercher ce que l’on va recevoir en retour.
Parce qu’un réseau ne se construit pas quand on en a besoin. Il se cultive bien avant.
Quelle personne a particulièrement compté pour vous : un mentor, un associé, un ami, un parent, une rencontre ?
Il m’est presque impossible d’en choisir une seule.
J’ai toujours davantage fonctionné avec une constellation de mentors, de rencontres et d’expériences qu’avec un mentor unique.
Cela vient probablement aussi de mon parcours : une passion initiale pour le théâtre et la photographie m’a menée vers la production, puis la production vers le business, le management, les opérations et finalement la direction d’entreprise.
Chaque métier m’a fait rencontrer des personnes différentes. Chaque pays aussi.
Certains managers m’ont fait confiance avant même que je me sente prête. D’autres m’ont appris par leur exigence. Des collègues m’ont montré d’autres façons de diriger. Des amis ont posé la bonne question au bon moment. Et certaines rencontres beaucoup plus brèves ont changé ma manière de voir un marché, une culture ou ma propre trajectoire.
Le fait de déménager régulièrement et de devoir recréer une vie et un réseau dans de nouvelles villes m’a aussi amenée à rencontrer des personnes que je n’aurais probablement jamais croisées dans mon environnement d’origine — parfois même des Français que je n’aurais jamais rencontrés en France !
Je pense que cela forge énormément.
Cela oblige à apprendre constamment, à remettre ses certitudes en question, à rester humble et à développer de l’empathie pour des façons de penser très différentes de la sienne.
Si je devais donc nommer un mentor, ce serait peut-être finalement la diversité des rencontres que toutes mes vies d’avant m’ont offertes.
Quelles questions auriez-vous aimé que je vous pose ?
« Qu’avez-vous dû désapprendre pour construire la manière dont vous voulez travailler aujourd’hui ? »
Nous parlons énormément de ce qu’il faut apprendre pour réussir.
Beaucoup moins de ce qu’il faut parfois désapprendre.
L’idée que travailler davantage signifie nécessairement travailler mieux. Que demander de l’aide est une faiblesse. Qu’une carrière réussie doit être linéaire. Qu’un bon dirigeant doit toujours avoir la réponse. Ou encore que la réussite professionnelle doit avoir la même définition pour tout le monde.
Après 17 années en entreprise, créer Across Partners me permet de conserver énormément de ce que j’ai appris — la rigueur, l’exigence, l’ambition, le goût du collectif, la capacité à délivrer — tout en décidant consciemment de ce que je souhaite désormais faire autrement.
Je ne cherche plus à recréer en indépendant le modèle que j’ai connu en entreprise. Je cherche à construire une manière de travailler plus libre, plus alignée, plus humaine et plus internationale, qui crée des passerelles.
Si le rêve se réalise, aimeriez-vous participer à la création du Cercle des Lumières, Cercle des 100 ?
Oui, avec plaisir, si l’ambition est de créer un véritable espace d’échange et d’intelligence collective.
L’idée de réunir cent personnes aux parcours, expériences et expertises différents devient particulièrement intéressante lorsque chacun ne vient pas uniquement raconter ce qu’il a accompli, mais également mettre une partie de son expérience, de son réseau et de ses idées au service des autres.
C’est cette conception du collectif qui m’intéresse : créer des connexions qui n’auraient probablement pas existé autrement et voir ce qu’elles peuvent faire émerger.
Un mot pour wimadame ?
Continuez à donner la parole aux femmes qui entreprennent — et surtout à raconter les chemins autant que les réussites.
Parce que derrière une entreprise, un titre ou un projet, il y a rarement une trajectoire parfaitement linéaire.
Il y a des détours, des rencontres, des prises de risque, des doutes, des changements de pays ou de direction, des choses que l’on doit apprendre et d’autres que l’on doit désapprendre.
Rendre visibles ces parcours dans toute leur diversité permet peut-être à une autre femme de se dire : « Alors, moi aussi, je peux construire le mien. »
