Coup de Cœur Média

valentin coup de coeur de wimadame

Ecrit par Martine Abbou

Valentin a la volonté d’apprendre sans cesse… je l’ai rencontré la semaine dernière pour la première fois, découvrez valentin avec ce merveilleux papier rédigé par lui.

texte rédigé par Valentin Tonti Bernard sur linkedin

” Si je vous parle de reconnaissance, vous aurez normalement tous un souvenir, un exemple à donner d’un jour, d’une situation où l’on vous a tendu la main. Au fond, on doit tous quelque chose à quelqu’un. Les gens qui disent s’être faits tout seuls, à la seule force de leur travail et de leurs bras, je n’y crois pas. Qu’ils en soient persuadés, cela je ne le nie pas, que leur idée soit conforme à la réalité, c’est moins certain. Ne serait-ce que la base, ces parents dont l’éducation a permis de nous façonner, de faire de nous ce que nous sommes, que ce soit par la transmission de valeurs ou même – pourquoi pas ? – par l’opposition à ces valeurs… Que cela soit dit ! L’endroit d’où l’on vient n’est jamais tout à fait étranger à celui où l’on atterrit.

De l’importance d’attribuer ma reconnaissance

Ainsi, quand je vous parle de reconnaissance, j’ai moi-même une pensée émue envers ces personnes qui m’ont aidé, qui ont été présentes à des moments-clés de ma vie et m’ont apporté l’indéfinissable, l’irremplaçable. Je ne l’ai pas toujours su ou compris sur le moment mais le temps me l’a appris. Lorsque j’étais endormi, ces gens ont été là pour m’éveiller. Ma vie est une succession de rencontres, beaucoup de bonnes, quelques mauvaises. Bonnes ou mauvaises, elles ont toujours été instructives. Des mauvaises, j’ai pu tirer les leçons. Aujourd’hui, je préfère toutefois ne retenir que les bonnes.

Il y a d’abord les membres de ma famille, bien évidemment. Et parmi eux, tout spécialement mes grands-parents. Mes grands-parents, c’est la culture des tomates, ce sont les pâtes du dimanche, c’est la famille à l’italienne, c’est Pepino le patriarche qui nous porte à bout de bras, nous rassemble et nous unit. Mes grands-parents, ma famille, forment un refuge où je serais toujours le bienvenu quoi que je fasse, de bien ou de mal. Il n’y a, je crois, rien de plus important pour pouvoir avancer sereinement dans la vie que d’avoir un point d’attache solide. Pour cela, je leur suis et leur serai éternellement reconnaissant.

Il y a ensuite les rencontres, les anges qui ont été placés sur mon chemin. Mon professeur d’histoire-géographie de la cinquième à la troisième, mon professeur de droit de la distribution à la faculté, l’avocat qui m’a pris sous son aile chez Fidal, ou encore celui que nous appellerons affectueusement “Boubou”. Mon professeur d’histoire m’a donné confiance en moi, mon professeur de droit m’a donné envie d’aller plus loin, l’avocat m’a poussé vers le haut et Boubou m’accompagnera au sommet ! Ces cinq hommes ne sont pas les seuls, mais ce sont les principaux architectes de la construction de mon être. Je ne dois pas oublier non plus une femme, celle qui marche dans l’ombre de mes pas depuis presque trois ans, celle qui m’empêche de tomber, celle qui me porte toujours plus loin.

Toutes ces personnes, je sais ce qu’elles m’ont donné comme je sais que je ne pourrais peut-être jamais leur rendre la pareille, ce qui donne à leurs bienfaits une valeur encore plus élevée…

De l’importance de reconnaître sa reconnaissance

La reconnaissance relève de l’intelligence émotionnelle. Elle revêt une dimension psychologique forte et implique pour le reconnaissant le sentiment d’être redevable envers quelqu’un de quelque chose. Quand une personne estime que ce qu’on lui donne est un dû, il n’éprouve pas de reconnaissance. J’ai bien peur d’ailleurs que dans un climat où l’individualisme et l’égoïsme tendent de plus en plus à s’imposer, l’ingratitude prenne parfois le pas sur la reconnaissance, conduisant à refroidir ou à éteindre les meilleures volontés. Ces bulles d’humanité et de bienveillance qui résistent et que sont les mains tendues, les coups de pouce, l’entraide méritent donc plus que jamais d’être choyés, protégés, reconnus…

Et nous sommes bien d’accord ! Je ne vous parle pas des deux oeufs que vous a dépannés un soir un voisin de palier, des notes de cours que vous a pris un camarade de classe un jour où vous étiez absent ou de la place de ciné que vous a payée votre frangin parce que vous vous êtes aperçu au guichet que vous étiez à sec. Evidemment, comme tout service rendu, ceux-ci sont louables, utiles et généreront une dette, mais une dette quantifiable et mesurable qu’il est loisible de restituer. La reconnaissance naîtra plutôt d’un don unique et exceptionnel, difficilement, voire absolument pas, remboursable.

De l’importance de manifester sa reconnaissance

Sujet épineux, s’il en est, car nous sommes tous conscients que la reconnaissance est le fruit d’une dette impossible à honorer. Si demain quelqu’un vous sauve la vie en vous donnant l’un de ses reins, vous serez bien heureux d’échapper à un destin malheureux, mais aussi terriblement embarrassé car on ne rend pas un rein comme l’on rend un paquet de sucre, on ne rend pas une vie comme l’on rend une somme d’argent…

Souvent, dans ces situations, les remerciements apparaissent insuffisants. Cela ne signifie pas cependant qu’il faille les négliger. Eprouver de la reconnaissance c’est bien, mais c’est sans intérêt, sans valeur si elle reste confidentielle. Un “merci” peut paraître ridicule en comparaison du bienfait reçu, pourtant c’est un premier pas. Faire savoir à l’autre que l’on est conscient de ce qu’il nous a apporté, c’est déjà se montrer reconnaissant. Les paroles, les gestes, qui nous semblent à nous peu de choses, sont aux yeux des autres des témoignages importants. Il ne faut pas oublier, en effet, que l’on se place ici dans le domaine du symbole et que l’attachement de l’être humain aux symboles est forte. Ne pas s’adonner aux marques symboliques est donc une grave erreur. En l’absence de démonstration, les personnes envers lesquelles on se sent redevable peuvent vite se sentir dupées ou trahies.

Je ne vous cache pas toutefois que j’ai un peu de mal avec l’idée de “redevabilité”. Alors que je perçois toute la noblesse qui émane de la reconnaissance, notion qui me renvoie aux concepts de respect et de loyauté, le fait d’être ou de se sentir redevable résonne à mes oreilles de manière plus négative. La reconnaissance brille là où le fait d’être redevable génère des frustrations.

De l’importance de ne pas forcer la reconnaissance

Reformulé sous forme interrogative, ce titre intermédiaire aurait pu être : « la reconnaissance doit-elle être éternelle ? » Et l’on sent déjà poindre la difficulté, car si j’avais écrit : « la reconnaissance est-elle éternelle ? », la réponse aurait été simple. Un don non quantifiable, non restituable, porte également en lui une dimension impérissable. Subséquemment, la reconnaissance n’a pas de date-limite. Mais à partir du moment où l’on ajoute à la donne la notion de devoir, le jeu est faussé. La réponse dépendra alors de l’attitude de toutes les parties en présence…

La reconnaissance est en effet d’une grande complexité. Se situant dans le domaine de l’abstrait, la reconnaissance n’est pas physiquement préhensible. Ni monétaire, ni monétisable, elle ne se paie pas en espèces sonnantes et trébuchantes. La facilité et l’accessibilité des relations marchandes ne font d’ailleurs que mettre en exergue la richesse et la subtilité des relations humaines.

Il y a une forme de désintéressement dans l’idée de reconnaissance. Celui qui rend le service ne demande rien. S’il attend de ce service quelque chose en retour, il aura agi par calcul. Le lien ainsi créé en sera irrémédiablement entaché et la reconnaissance qui en découlerait, souillée par ricochet, deviendrait vite un fardeau. En réalité, le reconnaissant ne se sentirait pas reconnaissant, mais obligé. Or, on ne force par la reconnaissance. Pour être solide et sincère, elle doit être inconditionnelle et spontanée.

Pour ces mêmes raisons, il convient que la personne qui a rendu le service évite de revenir dessus, de rappeler constamment au reconnaissant ce qu’il lui doit. Un tel comportement, en plus d’être intéressé, est humiliant vis à vis de la personne qui est manifestement placée en position d’infériorité. La reconnaissance ne sera plus reconnaissance, mais boulet de regrets et d’amertume que l’on traîne péniblement derrière soi.

Finalement, la meilleure façon d’être reconnaissant serait peut-être de passer le relais en proposant à notre tour une main tendue à quelqu’un qui en a vraiment besoin. Reproduire le geste permet de montrer que l’on n’a pas oublié et démontre toute l’estime que l’on voue aux valeurs transmises et ainsi véhiculées.