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Coup de coeur international

Ecrit par Martine Abbou

Dora Fanjek amène « la fashion rent » en Croatie

portrait réalisé par Laetitia Moréni

 Dora Fanjek, jupe et bottes de cuir noir, défile un sac dans chaque main devant sa cliente qui peine à faire un choix. Dans l’arrière-cour de la principale rue commerçante de Zagreb, l’étudiante en fashion et design a ouvert en février dernier une boutique où les accessoires de mode ne sont pas à vendre, mais à louer.

A 25 ans, la jeune femme aux yeux bleus et au sourire timide inaugure un concept unique dans la capitale croate : « Cela faisait longtemps que j’avais envie de mêler ma passion pour la mode à une activité économique. Je suis une fétichiste des sacs, j’ai toujours envie d’en acheter de nouveaux et c’est comme ça que l’idée m’est venue », raconte-t-elle, debout, face à l’entrée. « J’ai pensé que d’autres femmes, comme moi, aimaient changer de sacs à main en fonction de leur tenue, mais qu’elles n’avaient pas toutes les moyens de se le permettre », ajoute-t-elle.

Dora compte plus de 500 sacs et pochettes, aux couleurs variées et de différents styles, qu’elle expose désormais sur les étagères de son magasin. « Les clientes paient un abonnement annuel de 380 kunas (50 euros) qui comprend également une garantie, en cas de perte par exemple. Puis, elles versent deux euros pour chaque article emprunté ».

Si en Europe la location de vêtements et d’objets de créateurs connaît de plus en plus de succès depuis les dernières saisons, en Croatie, le « Silver club rent a fashion » de Dora est une première. Une idée née sur les bancs de la Faculté de technologie du textile de Zagreb, où l’étudiante suit encore son cursus universitaire : « Je dois passer deux examens et finir ma thèse, mais tous mes professeurs me soutiennent », assure-t-elle, d’un ton doux.

Pour permettre l’ouverture de son premier magasin, sa famille lui a aussi apporté beaucoup de soutien : « Les banques ne voulaient pas me faire un prêt car je ne leur donnais pas assez de garanties. J’ai fait un business plan et l’aide financière de mes parents m’a permis de m’installer », raconte-t-elle. Puis, elle hésite, et poursuit : « Il a fallu aussi se montrer patiente pour régler les questions administratives. On ne fait pas beaucoup confiance aux jeunes au début, mais finalement, j’ai réussi à mener mon projet sans trop de difficultés ».

En plus des sacs à mains, des bijoux sont également à la disposition des clients. Des bracelets, des colliers, des bagues et boucles d’oreille couvrent les murs fraîchement repeints. Pour la disposition de tous les accessoires qui lui appartiennent, Dora a fait appel à son ami de l’université, Sanja, qu’elle emploie aussi pour la gestion du magasin. La jeune femme espère décrocher plus de 1000 abonnements au cours de cette année. « Pour l’instant, seules quelques dizaines de personnes se sont inscrites, mais je dois encore lancer la campagne de publicité », justifie-t-elle. Dora, qui a également l’intention de demander un financement de l’Etat croate, représente un espoir pour son entourage. Alors que les jeunes sont touchés par un taux de chômage de 45% et quittent de plus en plus le pays, la passionnée de mode compte sur la Croatie pour la réussite de sa carrière dans l’univers de la création.

Article rédigé par Laetitia Moréni: un sacré bout de Nana